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LE DESTIN DES HOMMES

Mais le curé lui-même était pauvre, tous ses paroissiens, à l’exception du maire, étaient pauvres. Sa dîme était maigre, les mariages étaient toujours très modestes et les défunts devaient se contenter d’un service de dernière classe. Quant aux âmes du purgatoire, elles devaient attendre patiemment que le temps de leur expiation fût expiré. En toute justice pour le curé, il faut dire qu’il n’était pas en mesure d’aider les prodigues et les imprévoyants.


Travailler dans son jardin, remuer le sol, sentir l’odeur de la terre, voir tomber la bienfaisante pluie sur les jeunes tiges sortant de l’humus, observer les grives cherchant des vers pour se nourrir elles et leurs petits, suivre la croissance de ses légumes étaient ses plus grandes joies dans le pauvre village où elle s’était réfugiée.

À l’automne, alors que les arbres sont nus, elle aimait à aller, le dimanche après-midi, faire une courte promenade dans la montagne. À fouler les feuilles mortes, elle éprouvait une espèce de volupté qu’elle goûtait intensément. Pendant ces brèves minutes, elle oubliait les ennuis et les misères de sa pénible existence.

À certaines heures, elle se tournait vers la nature comme vers la grande consolatrice. Lorsqu’on n’est pas aveugle, que l’on a une âme vibrante, le spectacle de la nature toujours belle, toujours changeante, qui offre du nouveau à chaque matin, lui mettait le cœur en joie pour un moment. Cependant, elle était parfois si triste que la magie de la terre et du ciel ne parvenait pas à lui rendre le calme et la quiétude d’esprit qu’elle aurait tant voulu ressentir. Les matins de grand froid, elle voyait s’élever la fumée des cheminées sur un beau ciel bleu et rose et elle contemplait la neige rose des montagnes. Dans ce grand calme,