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LE DESTIN DES HOMMES

Immédiatement sa résolution fut prise. La chance s’offrait maintenant à lui. Il partirait pour Rochester. Tout ce qu’il demandait, c’était huit jours pour régler ses affaires. C’était la veille de la fête du roi. Une semaine plus tard il dirait adieu à Formont. Lorsqu’il eut répondu à son ami Fagan, Massé écrivit à Isobel Brophy lui annonçant la bonne nouvelle et l’invitant à venir le rejoindre au Canada si elle était disposée à l’épouser. Pendant les trois prochaines semaines, elle pourrait lui écrire à poste restante, à Rochester. Aussitôt installé là, il lui donnerait son adresse. Le jeune homme venait de terminer sa lettre et il allait sortir pour la jeter dans la boîte postale lorsqu’une automobile arrêta devant la porte de son bureau. Un fermier en descendit et entra.

— Vous avez annoncé une terre à vendre. Je voudrais la voir.

— C’est à six milles d’ici, fit l’agent d’immeubles.

— Très bien. Je suis pressé. Montez dans ma voiture et filons.

L’on se mit en route.

L’habitant inspecta la terre à vendre — une ferme de 90 arpents — la maison, les bâtiments. Puis il s’informa du prix.

— C’est $5, 000, lui fut-il répondu.

— Je la prends, déclara sans hésitation le fermier.

Il avait pris le même ton dont il avait prononcé le « oui » sacramentel lorsque le curé lui avait posé la question : « Consentez-vous à prendre Azilda Léger pour femme ? »

Les trois intéressés se rendirent chez le notaire de Formont qui rédigea l’acte de vente. Le contrat fut signé et le paiement fut fait séance tenante. Philémon Massé recevait $500 comme commission. Dans la précipitation avec