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LE DESTIN DES HOMMES

avec l’optimisme de la jeunesse, Massé espérait que les conditions s’amélioreraient. Entre temps, il écrivait à Isobel Brophy à l’hôpital de Londres et, à son tour, il recevait des lettres qui le comblaient de joie et augmentaient son désir de faire de l’argent le plus rapidement possible afin de faire venir son amie. Chaque missive prenait exactement huit jours à faire la traversée et à parvenir au destinataire. Avant d’ouvrir l’enveloppe, Massé regardait toujours la date timbrée par le bureau de poste. Toujours, la réponse attendue arrivait en huit jours.

Il y avait plus de six mois que Massé était de retour d’Angleterre et la situation était la même. Il se sentait alors un peu déprimé et découragé. À ce moment, il reçut une lettre de son ami Fagan. Ce dernier lui apprenait la mort de son père survenue il y avait quelques semaines. « Son départ cause un grand vide dans ma vie », disait le jeune Américain. « C’était un père et un ami, un conseiller précieux et un associé impossible à remplacer. Dans les circonstances, j’ai pensé à toi. Je ne saurais m’occuper seul de mon bureau qui est l’un des plus importants de Rochester. Tu es un honnête garçon en qui j’ai une entière confiance et qui pourrait me rendre de grands services. Je te propose de te prendre à mon emploi pour un an, après quoi, avec l’expérience acquise, tu pourrais devenir mon associé. Il n’y a aucun doute que tu pourrais t’initier à mes affaires en très peu de temps. Arrache-toi de ta petite campagne où tu ne feras jamais que végéter toute ta vie si tu persistes à rester là. Je t’offre et te garantis pour ta première année un salaire de $2,500, ce qui te permettrait de vivre convenablement et même de faire quelques économies. Réponds-moi au plus tôt. Accepte l’occasion qui se présente. »

Frank Fagan