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LE DESTIN DES HOMMES

tions, des hommes qui avaient fait leurs preuves dans l’arène.

Lentement, le mineur absorbait les leçons : il faisait des progrès et M. Lafleur aurait pu être satisfait, mais la pension, les vêtements, le salaire du professeur de gymnastique, celui de l’instructeur de boxe creusaient des trous dans la caisse de la buanderie La Famille et le fils Lafleur qui avait des responsabilités sans avoir le contrôle des dépenses avait parfois des difficultés à rencontrer sa liste de paye à la fin de la semaine. Découragé, il en causait avec sa mère et, lorsque la famille se trouvait réunie pour le souper, l’épouse décochait souvent des traits cruels à ce pauvre M. Lafleur.

— Est-ce qu’on va l’entretenir encore longtemps, ce grand paresseux ?

— Oui, mais grâce à ce grand paresseux, comme tu le qualifies, tu nageras un jour dans l’argent.

— Dans tous les cas, en attendant, nous sommes bien pauvres.

Le plus souvent, M. Lafleur ne répondait pas aux reproches de sa femme, sachant que la dispute pourrait s’envenimer. Mais il était bien malheureux.

Enfin, au bout de six mois, M. Lafleur décida d’organiser une petite tournée dans les principales villes du Québec. Informé à l’avance du projet, Biron lui fit une intéressante publicité. Cette tournée, dans l’idée du promoteur, devait comprendre six villes, mais l’intérêt fut si vif et le succès tel qu’on en ajouta quatre autres. L’enthousiasme de M. Lafleur fut très grand. Ce qui lui fut un baume pour les taquineries qu’on lui faisait endurer chez lui. De toute évidence, son homme était une attraction. Toutes dépenses payées, le promoteur, le boxeur et le journaliste, qui avait sa large part du succès, encaissèrent chacun un