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LE DESTIN DES HOMMES

dans la forêt, mais je serais votre guide et, si ma proposition vous convenait, je ferais de vous un boxeur et nous ferions fortune tous les deux.

Le mineur regardait cet homme, ce tentateur qui lui faisait une offre si extraordinaire.

M. Lafleur était grand, mince et maigre, environ quarante-cinq ans, mais sous son apparence délicate, il cachait de solides muscles et avait toujours été un fervent de la boxe. Un menton proéminent indiquait la volonté, la ténacité. Depuis vingt ans, il était le propriétaire de la buanderie La Famille qu’il dirigeait avec son fils Lionel.

— Si vous acceptiez, continua M. Lafleur après un moment de silence pour donner à l’autre le temps de comprendre la portée de ses paroles, nous signerions un traité et je vous prendrais sous ma charge.

Indécis, le mineur réfléchissait laborieusement.

— Comment vous nommez-vous ? demanda soudain M. Lafleur.

— Victor Brisebois.

— Victor Brisebois, champion boxeur. Ça sonnerait bien, ça. Ce serait mieux que Victor Brisebois, avocat.

Le colosse se mit à rire.

— Moi, mon nom est Isidore Lafleur, déclara l’étranger. Maintenant, ajouta-t-il, pensez à ce que je vous ai dit. Si vous voulez, nous nous rencontrerons encore ici demain midi, pour nous entendre.

Là-dessus, M. Lafleur régla sa note et sortit pendant que le mineur Brisebois, l’imagination en éveil, achevait son bifteck.

Il y a des hommes qui ayant rencontré une femme qui leur plait, en gardent une éblouissante image dans leur cerveau. M. Lafleur, lui, tout en marchant, voyait en imagination le colosse rencontré à la cafétéria et, d’ores et