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LE DESTIN DES HOMMES

figure s’éclairait d’un bon sourire qui exprimait la plénitude de son bonheur. Vrai, c’était un ménage parfait que le ménage Lemay.

Puis, voilà que la sœur de Mme Lemay, mariée à un instituteur tomba malade. Elle passa trois mois à l’hôpital et mourut après avoir enduré de cruelles souffrances. Un an plus tard, le veuf partait à son tour. Il laissait trois enfants, trois orphelins de huit, neuf et dix ans : Norbert, André et Simon. Le séjour de la mère à l’hôpital avait mangé les économies de la famille. Les trois orphelins avaient la rue pour patrimoine. Alors, devant ce drame de la vie, Mme Lemay, en revenant du cimetière où l’on était allé reconduire la dépouille du beau-frère, s’adressant à son mari des larmes dans la voix lui confia : « Écoute, Maurice, si tu voulais, nous prendrions ces enfants et nous les élèverions. Ils formeraient notre famille. Ce serait là une bonne action et tu verrais qu’elle nous porterait bonheur. »

Mme Lemay avait un cœur d’or et était la meilleure femme au monde. Son mari comprenait et appréciait cette nature généreuse. « J’y avais déjà songé », déclara-t-il simplement, « et puisque tu le proposes, nous allons les prendre avec nous ».

Ainsi fut fait. Le même jour, les trois garçons entraient à la maison de M. et Mme Lemay. Ils n’étaient plus orphelins. Ils avaient un autre père et une autre mère.

Ainsi le voulait le destin.

Mme Lemay avait l’instinct maternel. L’arrivée de ces trois enfants sous son toit combla tous ses vœux, la remplit d’une joie qu’elle n’avait pas éprouvée encore.

— Appelez-moi maman, dit-elle à ses enfants d’adoption, et appelez mon mari papa.