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LE JOURNAL


M. Mme Maurice Lemay étaient mariés depuis sept ans et ils étaient parfaitement heureux. Ils n’avaient pas d’enfants et n’espéraient plus en avoir. Alors, les deux époux vivaient uniquement l’un pour l’autre. Souvent, le soir, ils assistaient ensemble au théâtre ou au cinéma. Parfois, ils allaient voir des amis ou recevaient leur visite. « Des gens bien charmants », disait-on en parlant d’eux.

M. Lemay était dans les affaires et il gagnait suffisamment pour vivre largement. De temps à autre, il apportait un bijou ou un bibelot à sa femme car il avait à cœur de lui faire plaisir, de lui témoigner son affection. Celle-ci remerciait, embrassait tendrement son mari, mais ne manquait jamais de déclarer : « Tu aurais bien pu te dispenser de faire cette dépense, car je n’ai besoin de rien. Je suis heureuse d’être avec toi. Ta seule présence me remplit de joie » ? Puis, modestement, elle ajoutait : « Moi, tu sais, je ne suis pas une femme qui aime à se parer. Ces belles choses que tu me donnes, je les mets dans un tiroir et lorsque tu es à ton travail, je les regarde en pensant à toi. Vois-tu, tu es tout pour moi et cela me suffit ». C’était vrai. Mme Lemay adorait son mari qui était son unique affection, sa raison de vivre. Elle l’aimait comme elle aimait le bon Dieu. Le soir, lorsqu’il rentrait à la maison, sa