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LE DESTIN DES HOMMES

pour partir mon commerce et je vous badrerai pas ensuite. »

— Quel commerce ? avait demandé le père.

— Le commerce du foin et des patates. Ça c’est des choses que je connais. Je me mets en rapport avec de gros marchands de la ville ou avec des Américains. Je m’assure de vendre ma marchandise, puis je l’achète livrable dans un wagon de chemin de fer à la gare. Comme ça, je n’ai pas besoin d’entrepôt. Avant d’acheter, mes effets sont vendus. Je ne cours aucun risque. Je réalise un profit clair, sans frais.

Alors, le vieux Boyer avait donné les deux mille piastres. Hector continuait de demeurer avec ses parents et faisait de fréquents voyages à la ville et dans les campagnes, pour ses affaires.

Tout d’abord, les vieux commerçants de l’endroit, Gédéon Pioche et Narcisse Péladeau avaient vu d’un très mauvais œil l’entrée en scène de ce jeune homme actif et débrouillard qui ferait, craignaient-ils, baisser le chiffre de leurs affaires et de leurs profits. Ces deux personnages s’étaient toujours entendus pour ne pas se faire de tort, payant l’un et l’autre le même prix et s’arrangeant pour réaliser de beaux gains. Celui-là, ils le comprenaient, n’entrerait pas dans leurs combinaisons. Alors, pour le décourager, ils offrirent aux fermiers qu’ils avaient exploités des prix beaucoup plus élevés qu’ils avaient coutume de faire. Mais Hector, qui n’avait aucune dépense, manœuvra si bien qu’il força ses concurrents à payer plus cher qu’ils n’auraient dû. L’un d’eux, Gédéon Pioche, qui s’était trop aventuré, vendit ensuite à perte et fit faillite, faisant perdre de fortes sommes à nombre de fermiers. Cela servit admirablement Hector qui, par la suite, eut pratiquement le champ libre.