Page:Laberge - Le destin des hommes, 1950.djvu/110

Cette page a été validée par deux contributeurs.


UNE LAMPE S’EST ÉTEINTE


Que la maison est grande, silencieuse et triste, lorsque les enfants sont partis ! C’était la réflexion que se faisaient chaque jour ces deux vieux qui achevaient leur vie dans le petit village de Valrémy. Ils avaient été cultivateurs et avaient toujours espéré finir leur existence sur la terre qu’ils avaient travaillée pendant tant d’années. Mais le destin qui règle toutes choses en avait décidé autrement. Ils avaient trois enfants, deux garçons et une fille. Adélard, l’aîné, devait hériter du bien paternel. C’était juste, car il aimait le sol et savait le faire produire, rapporter de belles récoltes. Il était né agriculteur et faisait la joie de son père, le vieux François Boyer. Un malheur était toutefois arrivé. Alors qu’il était robuste et plein de santé, il avait été emporté en trois jours par une attaque d’appendicite aiguë qu’un médecin ignorant n’avait pas su diagnostiquer. Cette mort soudaine avait porté un rude coup au vieux fermier qui, désolé, désemparé, se trouvait absolument perdu. Il lui restait une fille et un fils, Valentine, qui venait de terminer ses études au couvent, et Hector, qui n’avait pas le goût des travaux de la terre ni les aptitudes du métier d’habitant. Lui, c’était le commerce qui le tentait. Il en parlait souvent. « Il y a moins de misères à endurer et plus d’argent à faire », dé-