Page:Laberge - Le destin des hommes, 1950.djvu/104

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
102
LE DESTIN DES HOMMES

était accouru de neuf cents milles pour assister à la première messe de son neveu qu’il ne connaissait pas, le père et la mère de l’abbé Lebau.

Après bien des recommandations, les parents Lebau, Louise, la fille de vingt ans, Gédéon, le fils de dix-sept ans, prirent enfin le chemin du village et de l’église. Tous avaient le cœur dans l’allégresse et ils se sentaient infiniment heureux. Pour le père et la mère, ce jour où leur fils célébrerait sa première messe serait le plus beau de leur vie. De la famille, il ne restait à la maison que la fillette Simone, âgée de douze ans, confiée à la garde de la tante Héloïse.

Lorsque le jeune prêtre revêtit les ornements sacerdotaux et qu’il monta à l’autel pour célébrer pour la première fois le Saint Sacrifice de la messe, sa figure était comme ravie, transfigurée. Il touchait là au sommet du bonheur humain. La foule qui remplissait le temple était grave, recueillie. Pour tous ces gens, cette cérémonie était un événement unique. Il semblait que la ferveur du célébrant s’était communiquée à tous les fidèles. À la communion, lorsque le prêtre consacra le pain et le vin, il ressentit une émotion indicible. De songer qu’à sa voix l’Homme-Dieu, qui s’était sacrifié, qui était mort sur la croix pour racheter l’humanité, descendait sur la terre, sur l’autel, s’incarnait dans l’hostie, il était pris d’un sentiment inexprimable. Il lui semblait pénétrer l’auguste mystère de la transsubstantiation et il était plongé dans un ravissement sans nom.

Et lorsqu’il vit son père, sa mère, ses parents agenouillés à la sainte table, attendant de recevoir la communion de ses mains, il crut un moment qu’il allait défaillir de ferveur. Au moment où il déposa l’hostie dans la bouche de