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LE DESTIN DES HOMMES

du jeune garçon. En effet, Jean n’hésitait pas, ne parlait pas d’une voix basse ou inintelligible comme tant d’autres, mais s’exprimait clairement, nettement, donnant le texte fidèle du petit livre qu’il avait appris à l’école. Le curé avait retenu son nom et, l’hiver, au cours de sa visite paroissiale, lorsqu’il entrait dans la modeste maison des Lebau, il causait un moment avec le jeune garçon. En outre, à l’examen de fin d’année et à la distribution des prix à l’école de rang où il fréquentait, le curé qui présidait d’ordinaire à cette petite cérémonie scolaire, remarqua non sans satisfaction le succès qu’obtenait cet élève. Il le sentait doué d’un talent qui promettait et il constatait son application au travail et son goût pour l’étude. Jean avait alors treize ans et le curé en cette circonstance lui avait posé plusieurs questions auxquelles il avait parfaitement répondu. Et comme le prêtre paraissait enchanté, l’institutrice avait déclaré : « C’est mon meilleur élève. »

Le dimanche suivant, le curé fit demander au père d’aller le voir à son bureau au presbytère.

— Vous avez un garçon intelligent, un garçon de talent, qui possède de belles qualités, déclara le prêtre. Je crois que ce serait une bonne chose que de le faire instruire. Il deviendrait un homme qui vous ferait honneur ainsi qu’à toute la paroisse.

Tout fier, tout heureux de ce compliment, le père regardait le curé, attendant la suite.

— Ne pourriez-vous payer ses cours au collège ? interrogea le curé.

Les yeux baissés, comme considérant le plancher, le fermier hésitait à répondre.

— La pension, les cours, les livres et l’habillement seraient une dépense de cent cinquante piastres.