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LA VIE LITTÉRAIRE.

supprime les quantités semblables, vous bifferez les raisons qui se balancent, et vous vous déterminerez d’après la raison qui subsistera.

Jamais Sérénus n’emploiera cette méthode, qui n’est pas faite pour lui. Sérénus épuiserait tous les papyrus et toutes les tablettes de cire, il userait ses roseaux du Nil et son poinçon d’acier avant d’avoir épuisé les raisons que lui suggérerait son esprit subtil, et finalement il n’en trouverait aucune qui valût mieux ou moins que les autres.

Faut-il donc agir ? Sans doute qu’il le faut ! Rappelez-vous le premier mot prononcé, dans le second Faust, par le petit homme que le famulus Wagner vient de fabriquer avec ses cornues. À peine sorti de son bocal, ce petit homme s’écrie fièrement : « Il faut que j’agisse, puisque je suis. » On peut vivre sans penser. Et même c’est généralement ainsi qu’on vit. Il n’en résulte pas grand dommage pour la république. Au contraire, la patrie a besoin de l’action diverse et harmonieuse de tous les citoyens. C’est d’actes et non d’idées que vivent les peuples.