Page:La Vie littéraire, I.djvu/206

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
182
LES FOUS DANS LA LITTÉRATURE.

éloigné de penser, comme Dickens, que les fous sont seul intéressants. Il nous raconte, dans l’Inconnu, une terrible histoire de folie qui finalement se trouve n’être qu’un rêve, mais bien le plus effrayant et le mieux suivi des rêves : le rêve d’un fou. Il n’est tel qu’un fou pour conduire un cauchemar dans la perfection. C’est ce que M. Paul Hervieu a montré avec un rare talent. Cartésien à rebours, il nous a apporté les raisons de la folie. Il a suivi dans ses détraquements successifs la machine à penser, avec l’intérêt qu’un horloger pervers doit porter à l’examen d’une montre extraordinairement mauvaise. Son livre est bien curieux, et tout à fait original. Il produit deux effets : il fait peur et donne à réfléchir. La peur, je vous l’épargnerai, non sans motifs. Il me faudrait avoir tout le talent de M. Paul Hervieu et en faire l’usage qu’il en a fait pour vous communiquer le frisson dont il m’a secoué. Quant aux réflexions que son livre inspire, elles sont nombreuses. C’est le moins qu’il m’en échappe une. Il est si agréable de philosopher ! Pendant que j’écris, un acacia balance à ma fenêtre ses branches légère et fleuries, et je me répète à moi-même ce distique d’un poète de l’Anthologie : « Asseyons-nous sous ce bel arbre : il sera doux de converser à l’ombre. » Un bel arbre et de calmes pensées, qu’y a-t-il de meilleur au monde ? Mon acacia, que la brise agite doucement, répand jusque sur ma table la neige parfumée de ses fleurs. Sous cette agréable influence, il m’est impossible de me défendre