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tondeurs à Baal-Hasor, près d’Ephraïm, et Absalom invita tous les fils du roi. 24Absalom alla trouver le roi et dit : « Voici que ton serviteur a les tondeurs ; que le roi et ses domestiques viennent chez ton serviteur. » 25Et le roi dit à Absalom : « Non, mon fils, nous n’irons pas tous, de peur que nous ne te soyons à charge. » Absalom fit des instances, mais le roi ne voulut pas y aller, et il le bénit. 26Alors Absalom dit : « Si tu ne viens pas, permets du moins à Amnon, mon frère, de venir avec nous. » Le roi répondit : « Pourquoi irait-il avec toi ? » 27Absalom ayant insisté, le roi laissa aller avec lui Amnon et tous les fils du roi[1].

28Absalom donna cet ordre à ses serviteurs : « Faites attention ! Quand le cœur d’Amnon sera gavé par le vin et que je vous dirai : Frappez Amnon ! vous le tuerez. Ne craignez pas ; n’est-ce pas moi qui vous l’ai commandé ? Soyez fermes et montrez du courage ! » 29Les serviteurs d’Absalom firent à Amnon comme Absalom l’avait ordonné. Et tous les fils du roi se levant, montèrent chacun sur sa mule et s’enfuirent.

30Comme ils étaient encore en chemin, ce bruit arriva à David : « Absalom a tué tous les fils du roi, et il n’en est pas resté un seul. » 31Le roi se leva, déchira ses vêtements et se coucha par terre, et tous ses serviteurs se tenaient , les vêtements déchirés. 32Jonadab, fils de Semmaa, frère de David, prit la parole et dit : « Que mon seigneur ne dise point qu’on a tué tous les jeunes gens, fils du roi ; Amnon seul est mort. C’est une chose qui était sur les lèvres d’Absalom depuis le jour où Amnon a déshonoré Thamar, sa sœur[2]. 33Et maintenant, que le roi mon seigneur ne s’imagine pas que tous les fils du roi sont morts ; car Amnon seul est mort. » 34Et Absalom prit la fuite.

Or le jeune homme placé en sentinelle leva les yeux et regarda, et voici qu’une grande troupe venait par la route occidentale, du côté de la montagne[3]. 35Jonadab dit au roi : « Voici les fils du roi qui arrivent ; les choses se sont passées comme le disait ton serviteur. » 36Comme il achevait de parler, les fils du roi arrivèrent et, élevant la voix, ils pleurèrent ; le roi aussi et tous ses serviteurs versèrent des larmes abondantes. 37Mais Absalom s’enfuit et s’en alla chez Tholomaï, fils d’Ammiud, roi de Gessur. Et David faisait le deuil de son fils tous les jours.

38Absalom s’enfuit et s’en alla à Gessur, et il y fut trois ans. 39Et le roi David renonça à poursuivre Absalom, car il s’était consolé de la mort d’Amnon.


3. Chap. xiv, 1-33 : Retour d’Absalom ; réconciliation.Joab entreprend de réconcilier David et Absalom ; l’apologue de la femme de Thécua (xiv, 1-11) et son application (xiv, 12-17). David charge Joab de faire revenir Absalom, mais refuse de le voir (xiv, 18-24). Beauté d’Absalom (xiv, 25-27). Entrevue et réconciliation (xiv, 28-33).

Joab, fils de Sarvia, s’aperçut que le cœur du roi se tournait vers Absalom. 2Joab envoya chercher à Thécua une femme habile, et il lui dit : « Feins d’être dans le deuil et revêts des habits de deuil ; ne t’oins pas d’huile et sois comme une femme qui depuis longtemps est dans le deuil pour un mort. 3Tu viendras chez le roi et tu lui tiendras ce discours… » Et Joab lui mit dans la bouche ce qu’elle devait dire.

4La femme de Thécua vint parler au roi[4]. Tombant la face contre terre et se prosternant, elle dit : « Ô roi, sauve-moi ! » 5Le roi lui dit : « Qu’as-tu ? » Elle répondit : « Je suis une veuve, mon mari est mort. 6Or ta servante avait deux fils ; et ils se sont tous deux querellés dans les champs ; comme il n’y avait personne pour les séparer, l’un a frappé l’autre et l’a tué. 7Et voici que toute la famille s’est levée contre ta servante, en disant : Livre le meurtrier de son frère ; nous le ferons mourir pour la vie de son frère qu’il a tué, et nous détruirons même l’héritier ! Ils éteindront ainsi le charbon qui me reste, pour ne laisser à mon mari ni un nom ni un survivant sur la face de la terre. » 8Le roi dit à la femme : « Va à ta maison ; je donnerai des ordres à

  1. La Vulgate ajoute, après les LXX : et Absalom avait fait un festin comme un festin de roi.
  2. C’est une chose qui était sur les lèvres d’Absalom. Peut-être : car son destin était fixé dans la bouche d’Absalom.
  3. Par la route occidentale ou par le chemin qui était derrière lui. Les LXX (Codex Vaticanus et récension lucianique) portent : Le jeune homme placé en sentinelle leva les yeux et regarda, et voici qu’une grande troupe marchait sur la route de Horonaim, à la descente ; alors le jeune homme placé en sentinelle vint et donna cette nouvelle au roi : « J’ai vu des gens sur la route de Horonaim. au flanc de la montagne. » Horonaim pourrait designer les deux Béthoron : Béthoron le-haut et Béthoron-le-bas.
  4. Vint parler, litt. dit. Toutes les anciennes versions ont lu vathabo, vint, se présenta au roi (LXX, Vulg.), au lieu de vathomer, et cette leçon paraît être la vraie.