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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/81

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

taient avant le différend, fût le vœu sincère de toutes les classes de la société, jusqu’au moment où le désespoir de le réaliser, joint à l’exaspération résultant des malheurs de la guerre et de la manière dont elle était conduite, eût préparé tous les esprits à la déclaration de l’indépendance. » — « Durant le cours de ma vie, écrira à son tour John Jay et jusqu’à la seconde pétition du congrès de 1775, je n’ai jamais entendu un Américain, quels que fussent son caractère ou sa condition, exprimer un vœu pour l’indépendance des colonies. J’ai toujours cru et je crois encore que notre pays a été entraîné et poussé à la séparation par nécessité et non par choix. » — « Avant le 19 avril 1775, raconte Jefferson, je n’avais pas entendu le moindre murmure annonçant une disposition quelconque à la séparation d’avec la Grande-Bretagne. » Franklin et John Adams témoignent dans le même sens, presque dans les mêmes termes.

Le gouvernement anglais était égaré par ces manifestations répétées de loyalisme ; il comptait d’ailleurs que la division se mettrait dans les rangs des coloniaux. Il avait cédé sur beaucoup de points : les récents impôts venaient d’être abolis ; l’impôt sur le thé subsistait seul, « pour le principe » ; mais on avait pris de si habiles arrangements que, même imposé, le thé revenait maintenant à meilleur marché en Amérique qu’en Angleterre. Ce subterfuge exaspéra les Bostoniens : c’est aussi « pour le principe » qu’ils luttaient. Ils jetèrent à la mer toute une cargaison de caisses de thé. Chose curieuse, un si futile incident eut plus de retentissement que les énergiques et fermes protestations des assemblées coloniales. On y répondit par d’absurdes représailles : le port de Boston fut fermé. Les Bostoniens ne souffrirent pas en vain : leur cause devint celle de toutes les colonies. Des secours affluèrent de partout, en argent et en nature. Et tandis que le premier congrès « continental » (on n’employait encore que très rarement le mot américain) réunissait, à Philadelphie, 53 députés, du nord au sud les préparatifs de résistance armée se multiplièrent.

Le 19 avril 1775, jour mémorable, 800 Anglais sortirent de Boston pour disperser « une bande de rebelles » campée auprès du village de Lexington. Après une sommation, les soldats tirèrent : 7 Américains tombèrent. La séparation était faite. La bande de rebelles se trouvait mieux préparée à combattre que ne le croyait le général anglais. Ses soldats furent repoussés. Alors commença une retraite sanglante. Le pays entier semblait se lever comme