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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/79

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

lement des produits. Assurément il n’y a rien de plus beau dans l’histoire que cet effort industriel de tout un peuple en révolte contre la servitude qui le menace.

La main-d’œuvre était abondante ; c’étaient plutôt les matières premières qui faisaient défaut. Quand on s’aperçut que la laine allait manquer, une nouvelle ligue se fonda, les membres s’engageant par serment à ne plus manger de moutons. Le centre de la résistance était l’association des « Fils de la Liberté », dont l’activité et l’ardeur infatigables ne se démentaient pas un instant. Ils organisaient des manifestations semblables à celles par lesquelles, de nos jours encore, les Américains ont coutume de traduire leurs émotions et leurs sentiments ; allégories à la fois pompeuses et naïves, processions interminables, cérémonies dont la forme enfantine souligne encore le sens grave et profond, comme il arrive chez les peuples à idées simples, à instincts primitifs. Le 1er novembre 1765, jour où la loi du timbre devenait exécutoire, un deuil national fut observé sur toute la côte ; les cloches des églises tintèrent le glas funèbre, les affaires cessèrent, les drapeaux furent mis en berne. À Portsmouth, dans le New-Hampshire, on porta en terre le cercueil de la liberté. La presse prit soudain un grand développement. En 1725, il n’existait que 4 journaux tirant à 170,000 exemplaires ; en 1775, ils furent 37, vendant 1,200,000 exemplaires à 3 millions d’habitants. Ils étaient, en général, rédigés par d’ardents patriotes, et la Boston Gazette, en publiant le texte du discours de Patrick Henry au parlement virginien, reprochait aux politiciens en congélation (frozen politicians) de la Nouvelle-Angleterre leur prudence et leur modération. Cette modération, précisément, fut une des plus belles caractéristiques de l’époque. En détruisant ou en confisquant les provisions de papier timbré que l’Angleterre envoyait conformément à la nouvelle loi, les Américains avaient nettement marqué leur volonté de n’y point obéir. Cette volonté, ils l’exprimèrent par la bouche de leurs représentants réunis en congrès à New-York au mois d’octobre de cette même année 1765. Le congrès rédigea une « Déclaration des droits des colonies » et une « Adresse à Georges iii ». La fermeté, l’énergie raisonnée et sûre d’elle-même se combinent dans ces documents avec l’expression d’un loyalisme intense autant que sincère. Il fallait qu’à Londres l’aveuglement fût complet pour qu’on ne saisit pas la portée de cette double manifestation. Mais comme l’écrivait