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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/75

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

de 1672. Dès lors, les colonies ne purent se vendre l’une à l’autre les produits de leur sol ou de leur industrie que par l’intermédiaire de l’Angleterre, ou bien en acquittant des droits considérables, destructifs de tout négoce. Un produit du Massachusetts acheté par le Rhode-Island dut être envoyé à Bristol pour aller de Boston à Providence, sous peine d’être lourdement taxé. Ce n’était encore que de la sottise poussée à l’extrême. La persécution vint dès qu’eut été constitué le Board of Trade dont nous avons déjà parlé et qui centralisa, à partir de 1696, les affaires coloniales. En 1699, l’exportation de toute laine ou lainage, dans quelque lieu et conditions que ce fût, soit en Europe, soit d’une colonie à l’autre, fut interdite, sous peine de confiscation et d’une amende de 500 livres (7,500 francs). En 1732, interdiction d’exporter des chapeaux. La fabrication du feutre de castor avait pris une certaine extension. La corporation des chapeliers à Londres prétendait que dix mille chapeaux partaient annuellement de New-York et de la Nouvelle-Angleterre à destination de la Virginie, des Antilles et de l’Irlande. Le chiffre était certainement exagéré. On décida que tout chapelier des colonies devait avoir fait un apprentissage de sept années et qu’il ne pourrait garder auprès de lui plus de deux apprentis. En 1733, des droits énormes furent établis sur les mélasses ; en 1750, enfin, on ordonna la destruction des forges, hauts fourneaux, aciéries actuellement existants, avec défense d’en établir de nouveaux. Tel était ce système mercantile qui existait en germe dans l’acte de Navigation et finit par former tout un échafaudage de prohibitions et de faveurs. « L’on s’était habitué, dit M. Leroy-Beaulieu, à considérer les possessions anglaises des deux mondes comme formant un tout, composé de deux parties distinctes : l’une où se produisaient certaines matières premières et certaines denrées naturelles spéciales, l’autre fournissant surtout des produits manufacturés, et l’on avait jugé que ces deux parties se pouvaient suffire l’une à l’autre si les habitants de l’Angleterre s’engageaient à ne consommer que des denrées produites par les colons anglais et si les colons anglais, d’autre part, s’engageaient à n’employer que les objets manufacturés fabriqués par l’Angleterre. » Il y eut quelques dérogations dans les années de cherté. En 1730 et 1735, on dispensa le riz du circuit obligatoire par l’Angleterre. En 1757, on admit que le blé vint d’Amérique sur des vaisseaux neutres. Des faveurs