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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/70

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LA NOUVELLE REVUE.

sentants de toutes les colonies[1], la plupart hommes éminents et haut placés. La valeur des délégués, l’importance des sujets traités, tout était de nature à faire impression sur la conscience publique. Quant aux Indiens, ils se retirèrent, comblés de présents, mais peu rassurés sur l’avenir. La parole était maintenant au canon.

La configuration du pays et la position respective des Américains et des Français devaient forcément déterminer les premiers à attaquer leurs adversaires sur cinq points différents : le fort Duquesne, clef de toute la région située à l’ouest des Alleghanys, qui menaçait directement la Virginie et la Pensylvanie ; Louisbourg, d’où l’on pouvait organiser facilement des raids sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre ; Niagara et Crown-Point sur le lac Champlain ; enfin Québec, quartier général de la puissance française. Le général Braddock, auquel le roi avait confié le commandement de toutes les troupes régulières et coloniales, se décida à attaquer en premier lieu le fort Duquesne. Il eût été difficile au gouvernement anglais de faire un plus mauvais choix que celui de cet officier hautain, têtu, brutal, poussant le souci de la discipline jusqu’aux limites extrêmes du bon sens. Il commença par réunir à Alexandria les gouverneurs des colonies et leur fit une semonce de ce que les Américains ne fussent pas encore soumis à un impôt général établi par le parlement anglais et servant à payer les dépenses de l’armée. Il écrivit à Londres pour demander qu’un tel impôt fût établi sans retard et déchaîna ainsi la querelle qui devait aboutir à la proclamation de l’indépendance. Il exigea en outre que tous les officiers américains reprissent leur rang de simples soldats chaque fois qu’un officier anglais serait présent à la tête des troupes. Il choisit seulement quelques-uns d’entre eux comme aides de camp, entre autres Georges Washington. Son dédain des coloniaux était extrême ; il le manifestait en toute occasion. Aussi commença-t-il par leur imposer plus d’un mois de manœuvres préliminaires qui les énervaient et les décourageaient. Puis la marche en avant commença ; elle dura cinq semaines. Braddock avait organisé son armée à l’européenne ; elle comprenait deux régiments anglais et à peu près 2,000 Virginiens et Pensylvaniens, absolument

  1. La Géorgie exceptée. Elle traversait à ce moment une crise qui faillit lui être fatale et la faire tomber aux mains des Espagnols.