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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/67

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

aussi, nous l’avons vu, un asile de persécutés), abandonnèrent les exploitations naissantes : les premiers, parce qu’ils avaient été décimés dans l’assaut donné à la forteresse espagnole ; les seconds, parce qu’ils ne voulaient pas s’exposer à l’obligation de porter les armes contrairement aux préceptes de leur religion[1]. Au nord, après quelques années d’accalmie, les animosités se réveillèrent. L’industrie de la pêche s’étant beaucoup développée, les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre firent de fréquentes incursions dans les eaux françaises. De part et d’autre, on détruisait les bateaux et le matériel des pêcheries. En 1721, le Massachusetts, jouant cette fois le rôle d’agresseur, refoula les Indiens alliés des Français. La paix, une paix relative et instable, se rétablit en 1725. Officiellement les Français ne participèrent pas à ces campagnes, car l’Angleterre et la France n’avaient point encore rompu les stipulations du traité d’Utrecht ; mais ils ne pouvaient se désintéresser des affaires américaines au point de conserver une neutralité absolue. Aussi prêtaient-ils aux Indiens leur appui par tous les moyens en leur pouvoir. Les coloniaux leur en voulurent encore plus que d’une hostilité ouverte. Chaque année qui s’écoulait augmentait ainsi la haine que les deux partis en présence ressentaient l’un pour l’autre, et l’on s’habituait peu à peu à l’idée que le continent ne pouvait se partager et qu’une des deux races devait y dominer et en chasser l’autre.

En 1744, on crut que l’heure de la lutte finale avait sonné. Les coloniaux se préparèrent à attaquer Louisbourg, le Gibraltar américain. La forteresse était située dans l’île du Cap-Breton. On dit que ses fortifications, réputées imprenables, avaient coûté 25 millions de francs. Mais elles étaient demeurées inachevées, de sorte que la place n’était pas aussi forte qu’on le croyait. Dans le port se trouvait toute une flotte de bateaux anglais capturés sur les côtes. Le projet sembla d’abord bien osé ; l’Assemblée du Massachusetts ne le vota qu’à une voix

  1. La Géorgie, à ce moment-là, ressemblait plus aux colonies du Nord qu’à celles du Sud. Elle était toute peuplée de réfugiés européens et toute vibrante d’émotion religieuse. Elle fut visitée vers cette époque par Wesley, le futur fondateur du méthodisme. Whitefield, le célèbre prédicateur, lui succéda. Il créa, à Savannah, un asile pour les orphelins. Son éloquence attirait des auditeurs des régions les plus lointaines. Il parlait en plein air. On prétend qu’à plusieurs reprises 20,000 et 25,000 personnes furent réunies pour l’entendre.