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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/522

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LA NOUVELLE REVUE.

La situation n’a pas d’issue, car le Mexique n’aurait qu’un moyen de résister à l’invasion pacifique des États-Unis : ce serait d’appeler à son aide l’émigration étrangère, les capitaux et les travailleurs d’Europe ; cela, les États-Unis ne sauraient le permettre. C’est aussi ce qui peut les amener à intervenir dans le reste du continent américain. À Washington, on suit avec infiniment d’attention les mouvements des émigrants du vieux monde au Brésil, au Chili, au Pérou ou dans la République Argentine, et une organisation discrète, mais active et semi-officielle, est déjà sur pied dans le but de déterminer les jeunes Américains à tourner leurs regards vers ces lointains pays. Le Bureau des républiques américaines porte un nom modeste, mais son rôle deviendra vaste ; ses publications sont habiles ; on y réunit tout ce qui peut séduire l’esprit entreprenant de la race et le but que l’on poursuit est facile à percer. Les États-Unis n’ont pas craint l’émigration européenne chez eux ; ils se sentaient sûrs de la dominer : ils la craignent dans l’Amérique du Sud, parce qu’ils sentent que là elle pourrait dominer. Le monde s’est moqué d’un certain congrès pan-américain, qui se réunit à l’ombre du Capitole en 1889 ; le programme en était quelque peu indécis et les organisateurs semblaient d’ailleurs peu pressés d’en voir discuter les principaux points. Des travaux de ce Congrès, on n’entendit guère parler ; mais, en revanche, les délégués, qui appartenaient à toutes les Républiques du continent, se promenèrent pendant six semaines à travers les États-Unis aux frais du gouvernement fédéral. Un train somptueux les conduisait de ville en ville, et ce qu’ils virent les enthousiasma ; tout avait été combiné, sérié, préparé pour qu’ils eussent, en partant, la plus haute idée de la force, des ressources, des destinées des États-Unis. L’intérêt des rapports qu’ils présentèrent à leurs gouvernements respectifs ne résida pas dans le compte rendu des séances, mais dans celui du voyage. Et c’est ce qu’avait voulu James Blaine, l’auteur de ce plan si ingénieux ; Blaine, dont la postérité dira qu’il préféra faire des présidents que le devenir lui-même et préparer l’avenir que le réaliser.

Les choses n’ont donc pas beaucoup changé, puisqu’aux approches du xxe siècle, nous retrouvons dans l’esprit du citoyen des États-Unis presque tous les germes contradictoires que le passé y déposa. La formidable crise qui marqua le milieu de son