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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/514

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LA NOUVELLE REVUE.

ouvrir solennellement l’exposition centeniale de Philadelphie ayant à ses côtés l’empereur et l’impératrice du Brésil. Si depuis lors l’établissement de la République au Brésil a créé une sympathie de plus entre les deux pays, dom Pedro n’en est pas moins resté jusqu’à sa mort populaire et respecté. En proclamant leur empire, les Brésiliens, d’ailleurs, s’étaient séparés de l’Europe et soustraits à son influence. Tandis qu’au Mexique, les Français venaient imposer le joug d’un prince autrichien à une population qui n’en voulait point.

Le ressentiment des Américains n’avait pas eu le temps de se calmer quand éclata la guerre franco-allemande de 1870. Le triomphe de l’Allemagne fut accueilli avec une satisfaction évidente ; on s’apitoya bien sur les souffrances des vaincus ; des secours en argent et en nature affluèrent vers nos ambulances ; à la Nouvelle-Orléans et à San-Francisco, où la langue française n’avait pas cessé d’être en usage, les collectes furent particulièrement abondantes ; mais des manifestations germanophiles se produisirent dans un grand nombre de villes et le général Grant, qui venait de s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, s’oublia jusqu’à adresser à l’empereur Guillaume, à Versailles, un télégramme de félicitations. On se plut à comparer la constitution germanique à celle des États-Unis et à répéter que le nouvel Empire était un hommage rendu au principe fédéral, une victoire de la théorie américaine, et constituait un acheminement vers la confédération des peuples d’Europe. Bismarck prit dans l’imagination populaire la place de Napoléon ier ; des pionniers de l’Ouest donnèrent son nom à une cité qu’ils venaient de fonder ; son portrait se répandit jusqu’au pied des montagnes Rocheuses où il orna les huttes sauvages des cowboys. Il en résulta un regain de l’idée dictatoriale qui, depuis Andrew Jackson, sommeille au fond des cœurs yankees. Quand le deuxième terme du général Grant fut près de finir, on constata qu’il y avait un parti tout disposé à le maintenir en fonctions et même à employer pour y parvenir des moyens illégaux. Mais les éléments anglo-saxons, le bon sens, le respect de la tradition dominèrent encore une fois et découragèrent les « impérialistes ». Un autre péril grandissait, que personne ne s’avisa de combattre, parce que ses progrès, son existence même n’étaient pas aisément perceptibles. L’influence allemande, si elle ne pouvait mettre en danger les institutions, minait sourdement l’esprit national et le détour-