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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/509

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LE FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

mers, comme l’avait fait vingt ans plus tôt l’insurrection grecque. Il avait été question alors d’envoyer aux Hellènes des secours en argent et un message sympathique. Cette fois-là, le président Taylor dépêcha en Hongrie un envoyé spécial sur le rapport duquel il comptait s’appuyer pour reconnaître solennellement le gouvernement autonome. Mais le voyage était long ; quand l’envoyé parvint à destination, il trouva les Autrichiens maîtres du terrain et ne put que constater l’échec de la rébellion. Cette démarche parut à Vienne fort incorrecte et le chargé d’affaires d’Autriche à Washington, M. Hülsemann, reçut l’ordre de faire des représentations au gouvernement fédéral. Daniel Webster, alors secrétaire d’État, y répondit, à la date du 21 décembre 1850, par une lettre qui n’eût pas manqué, entre gouvernements européens, de déchaîner la guerre. Il y était dit, en termes hautains, que les Américains n’admettraient jamais qu’on discutât leur droit de reconnaître un gouvernement révolutionnaire ni de se renseigner par tous les moyens sur ce qui se passait dans un pays éloigné du leur. Que pouvait faire l’Autriche ? Les États-Unis étaient hors de son atteinte. Le ton de M. Hülsemann baissa.

Mais peu de temps après, Kossuth et les Hongrois réfugiés en Turquie arrivèrent à New-York sur une frégate américaine qui avait été les chercher tout exprès. On leur fit une réception enthousiaste à laquelle les autorités s’associèrent sans trop de discrétion. M. Hülsemann fut rappelé et l’Autriche n’obtint aucune satisfaction. La diplomatie américaine prenait déjà ces allures singulières qui distinguent la plupart de ses représentants ; jusqu’alors ceux-ci avaient porté l’uniforme comme leurs collègues européens ; le président Pierce le leur retira, leur donnant Franklin comme un modèle de simplicité digne d’inspirer tous leurs actes et leur rappelant que l’habit noir était par excellence l’uniforme de la démocratie. Désormais, la légation des États-Unis se singularisa dans les grandes capitales par son costume comme par son attitude. Rien de plus libre que ses secrétaires ou ses attachés, si ce n’est le ministre lui-même. Chacun choisit ses relations, va, vient, étudie, écrit et parle avec une indépendance presque absolue. Dans un poste diplomatique, ce sont presque toujours les Américains qui frayent le plus avec la population native ; ils ne craignent pas les incidents, n’ont guère d’égards pour l’étiquette, en prennent à leur aise avec le protocole et ne se souviennent de leur mission que lorsqu’ils ont un intérêt