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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/507

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LE FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

lienne. La connexité de ces faits s’affirma par la suite. C’est alors que, dans son fameux message du 2 décembre 1823, le président Monroë énonça « la doctrine » à laquelle son nom est demeuré attaché : « L’Amérique, dit-il, a conquis une indépendance qu’elle est résolue à défendre et, dès lors, ne peut plus permettre que des colonies européennes s’établissent sur son sol… Pour nous, nous devrons considérer toute tentative d’ingérence des pays d’Europe dans les affaires d’une portion quelconque du domaine américain comme attentatoire à notre repos et à notre sécurité et y voir une manifestation hostile à l’égard des États-Unis. »

Il n’y avait pas là, comme on l’a prétendu depuis, une simple bravade inspirée par le plaisir de la popularité ; encore moins Monroë cédait-il, en écrivant ces lignes, à une pression du cabinet britannique. Il est vrai que Canning se montra fort empressé à reconnaître les républiques espagnoles et vit avec satisfaction l’attitude adoptée par les États-Unis en cette circonstance. Mais une décision dans ce sens avait été prise par le cabinet de Washington dès le 13 mai 1818 et deux mois plus tard le ministre des États-Unis à Londres en avait informé lord Castlereagh. Une déclaration analogue fut faite par M. Gallatin à M. de Chateaubriand au mois de mai 1823, six mois avant le message présidentiel. Ces faits enlèvent à la doctrine de Monroë tout caractère d’improvisation ; en l’énonçant, Monroë, qui avait consulté Jefferson sur l’opportunité de l’acte qu’il préméditait, ne fit qu’enfermer en une formule précise une idée déjà courante parmi ses administrés. Aussi l’approbation qu’obtint son message fut-elle à peu près unanime. Il y avait pourtant deux façons d’interpréter le principe de droit international qui venait d’être posé. Pris à la lettre, il proclamait l’égalité entre les États du nouveau et ceux de l’ancien monde, la liberté pour les uns comme pour les autres de se constituer sous la forme et de se gouverner d’après les principes dont il leur conviendrait de faire choix.

Mais, d’autre part, il était facile d’en tirer une conclusion un peu différente au profit des États-Unis, légitimant l’intervention protectrice de cette république, la première en date et la plus puissante, dans les affaires des autres États américains. Ce rôle grandiose n’était pas pour déplaire à une génération qui avait devant elle la libre étendue du continent depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique, qui se sentait appelée à civiliser ces vastes régions et dont l’épopée napoléonienne venait d’enflammer l’ima-