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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/343

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

la Floride, l’Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas. Avant même que le Nord ait songé à la résistance, un nouveau gouvernement fédéral est sur pied. Il a son drapeau, sa constitution, son président, son organisation militaire ; il est en instances auprès des grandes puissances européennes pour se faire reconnaître. En Angleterre, ses agents le représentent comme le champion du libre échange et dissimulent de leur mieux l’esclavage qui est sa seule et unique raison d’être. Ce gouvernement est formé par les propriétaires d’esclaves ; aussi ses sujets sont-ils déjà façonnés à la discipline et à l’obéissance ; de la république, il n’a que le nom. En réalité, il est despotique, discute à huis clos, décide sans appel, commande et punit durement. Un grand péril est proche, c’est que la guerre n’ait pas lieu, c’est que le Nord, dans son désir d’éviter l’effusion du sang, n’oublie les forces dont il dispose et ne consente à une séparation amiable. En élisant Abraham Lincoln, il s’est donné un chef, mais il l’ignore encore. Il n’y a pas de courant populaire ; personne n’ose parler d’appel aux armes. Lincoln ose, lui, et avec cette sagacité merveilleuse qui est en lui, il trouve immédiatement la note juste. Il ne préjuge pas la question de l’esclavage, mais il juge celle de la rébellion. Il maintiendra l’Union par tous les moyens, ne reconnaissant pas aux États le droit de la rompre. Les confédérés veulent la guerre parce qu’ils croient au succès infaillible de leurs armes ; ils attaquent la garnison du fort Sumter, à Charleston. Lincoln rédige aussitôt un appel aux armes ; il demande 75,000 volontaires : 300,000 se présentent et, en quelques jours, tout le Nord est uni ; l’esprit de parti disparait, le patriotisme s’exalte. La lutte est engagée.

Des écrivains de talent en ont déjà retracé les péripéties héroïques, mais nul n’a tenté jusqu’ici d’en écrire l’histoire définitive à l’aide des innombrables documents renfermés dans les archives privées et publiques. Parmi les soldats du Nord, beaucoup notaient chaque soir, pour leurs parents ou pour eux-mêmes, les péripéties de la journée, et ces relations sont dignes d’être consultées. Jamais armées, en effet, ne représentèrent une pareille somme de science et d’intelligence ; jamais on ne trouva sous les drapeaux tant d’hommes instruits et éclairés ; ce résultat bienfaisant de l’esprit d’égalité et de la diffusion de l’instruction fit la supériorité du Nord. Le Sud avait pour lui les officiers d’élite que lui fournit la Virginie en adhérant à la confédération. Son