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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/334

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LA NOUVELLE REVUE.

nations civilisées est la première à se faire respecter par ces pirates. La double présidence de Monroë et celle de Quincy Adams sont une époque de travail réparateur et de prospérité. Monroë n’est pas ennemi du faste ; il remet en usage quelques-unes des cérémonies et des formules d’étiquette que Jefferson avait supprimées. Mais elles ne s’implantent pas, car le règne de la brillante aristocratie à laquelle appartenaient tous ces hommes est terminé.

Une seconde période commence qui va de 1829 à 1861, date de l’élection d’Abraham Lincoln. C’est une période d’extension territoriale et de progrès matériel. Avec Andrew Jackson, le septième président, la démocratie elle-même s’installe au pouvoir. Le jour de l’inauguration du nouveau chef de l’État est un jour de triomphe populaire. Les habitants de Washington considèrent avec stupeur le cortège de besogneux et de « pieds crottés » qui montent vers le Capitole à la suite de Jackson, puis se répandent dans les jardins, défoncent les tonneaux de vin préparés pour eux et finalement envahissent les salons de la White-House. Ils ont mené la campagne avec une vigueur sans égale, parlant, criant, écrivant : ils attendent la récompense sous la forme d’une place, d’un emploi quelconque. On procède, pour les satisfaire, à une véritable hécatombe de fonctionnaires ; ainsi s’établit ce lamentable usage que les Américains appellent « rotation des offices » et qui consiste à renouveler, après chaque élection présidentielle, tout le personnel fédéral depuis le diplomate jusqu’à l’employé des postes, depuis le directeur des douanes jusqu’à l’huissier du Sénat. On ne saurait dire trop de mal d’un semblable système, afin d’en détourner les nations qui seraient tentées de l’adopter ; il aurait vite fait de jeter parmi elles le désordre et la désorganisation. Force est bien de constater pourtant qu’ici il n’a eu sur le pays qu’une répercussion affaiblie et indirecte ; rien ne prouve mieux combien l’agitation politique est, en Amérique, une agitation de surface, indépendante du progrès national.

Mais Andrew Jackson n’est pas seulement l’enfant du peuple qui a connu la misère, qui a, dès le jeune âge, gagné son pain, laborieusement, au hasard des circonstances et dont la science n’a pas affiné l’esprit ni adouci les angles. C’est un soldat. Une guerre avec les Cricqs avait déjà mis en relief ses qualités militaires lorsqu’en 1815 il s’est trouvé appelé à défendre la Nouvelle-