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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/331

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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

difficile. Le Massachusetts et la Virginie étaient hostiles. Un moment on désespéra de vaincre les résistances de New-York. Rhode-Island n’avait pas de députés à la Constituante et continua de faire bande à part jusqu’en 1790. Les majorités furent, en général, très faibles. Nul doute que si le peuple avait été admis à se prononcer directement, il n’eût repoussé la Constitution par esprit particulariste et par méfiance des nouveautés qu’elle renfermait. Les Chambres d’État, fort heureusement, ne songèrent pas à le consulter et considérèrent qu’elles avaient le mandat de se prononcer en son nom. Toute l’année 1788 s’était écoulée de la sorte dans une pénible attente. Au début de 1789, le régime put enfin fonctionner. On procéda à l’élection présidentielle. Le vote unanime des délégués, confirmant le vœu général, appela Georges Washington au pouvoir suprême. L’histoire des États-Unis commence véritablement à cette date.

Elle comprend quatre périodes très diverses, mais que la complication de la vie électorale, la succession régulière des présidents, les conflits d’intérêts et les querelles des partis ont confondues dans une sorte de crépuscule gris que le public européen ne sait pas encore percer. La politique joue, aux États-Unis, un rôle éminemment trompeur. Elle apparaît comme le centre d’attraction de toutes les forces ; l’étranger la trouve partout et dès lors y rattache tout. Il interroge ses pontifes, suppute les chances des candidats, lit attentivement les proclamations, cherche dans les journaux et les brochures l’indice des sentiments du pays et prend pour de l’argent comptant les exagérations sans nom formulées par les orateurs dans les meetings électoraux. Il finit par se faire des États-Unis une idée très nette, mais aussi fausse qu’elle est nette. Cette aventure est arrivée à plus d’un parmi nos compatriotes. Leur perspicacité a été mise en défaut, parce que, n’ayant pas vécu en Amérique et ayant étudié les Américains à distance, ils ne se sont pas avisés que la politique pût être un jouet, un sport. Ce jouet est utile, car il est bon que les hommes s’amusent ; mais la récréation n’est que l’accessoire, le contrepoids du travail. Et le travail s’accomplit individuellement, dans le silence du cabinet, dans le calme de l’atelier et il est d’autant plus intense et plus productif que la récréation a été plus bruyante et plus animée. Il est très difficile d’analyser la vie américaine en faisant abstraction de la politique