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MESSE DE MINUIT.

paysans et des pauvres vers le chœur, où une poupée vient d’arriver dans les bras d’un capucin qui l’offre aux baisers des fidèles, une pauvre impuissante poupée que l’on a pris soin d’envelopper dans des maillots d’enfant et qui représente le Sauveur nouveau-né…

Et maintenant on se disperse, dans la nuit plus froide et plus bleue.

Comme au sortir de quelque rêve de l’ancien temps, je m’en reviens seul, du côté de la barque qui doit me ramener sur la rive française. Je m’en reviens plus attristé, parce qu’un Noël encore a passé sur ma tête, parce qu’une année encore est tombée au gouffre sans m’avoir apporté la solution de rien, ni l’espérance de rien.

Et pendant ce retour solitaire, j’ai conscience d’être déshérité mille fois plus que le dernier de ces humbles, de ces vieillards ou de ces pauvres, qui tout à l’heure, en priant comme avaient prié ses ancêtres, embrassait la naïve, la ridicule et l’adorable, l’ineffable poupée dans ses langes…

Pierre LOTI.