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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/65

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LA NOUVELLE REVUE

étrangère. La seule présence de Mgr Satolli constitue un cran d’arrêt mis à l’essor du catholicisme dans le Nouveau-Monde et sa nomination fut une énorme maladresse. » — « Mgr Satolli, interposa Phokianos, devrait porter un costume spécial qui le désigne aux regards et se promener dans un carrosse doré avec un garde noble du Vatican chevauchant à ses côtés. On ne devrait l’apercevoir que la main levée, faisant le geste de bénir, et n’entendre tomber de sa bouche que des paroles latines. Alors le peuple de ce pays-ci comprendrait peut-être que la beauté d’une religion réside dans la pompe dont elle s’entoure et dans la largeur du fossé qui la sépare du commun. »

La salle fut envahie à ce moment par les convives du banquet juvénile dont le voisinage avait troublé le repas correct des futurs ambassadeurs. Depuis une heure on entendait d’en bas les efforts de leur éloquence. Douze petits speeches s’étaient succédés à la file, hachés d’applaudissements et d’éclats de rire. Quand ils entrèrent, Magouis se leva et monta dans la bibliothèqùe où il retrouvait à cette heure-là quelque chose de la gravité décente et silencieuse des clubs anglais. Phokianos reprit son dialogue muet avec la fumée de sa cigarette sans plus se soucier de ce qui se passait autour de lui. Rovesco alla lire les journaux et Étienne rentra chez lui.

***
(À suivre.)