Ouvrir le menu principal

Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/465

Cette page n’a pas encore été corrigée
468
LA NOUVELLE REVUE

inscrit à la Faculté de droit dont il voulait suivre les cours et le professeur de philosophie avait avancé l’argent des inscriptions. Quelques personnes l’engageaient à aller faire son droit à Paris, mais il s’en garda bien ; il comprenait que quitter Rennes c’eût été lâcher la proie pour l’ombre. Le 1er janvier 1878, le Progrès républicain parut de nouveau sous le titre plus anodin d’Écho d’Ille-et-Vilaine. Vilaret y reprit sa place de rédacteur ; son flair ne l’avait pas trompé. Le journal eût tout de suite un chiffre de tirage supérieur au chiffre atteint à la veille de sa suppression. Les années qui suivirent n’apportèrent aucun changement notable dans l’existence du jeune homme. Il passa brillamment son doctorat : Son autorité grandissait avec son talent. Il donnait des répétitions pour augmenter ses ressources et envoyait des correspondances à divers journaux parisiens. Sa plume, très assagie, parlait une jolie langue à la fois sobre et fleurie. La campagne électorale de 1881 fut menée par lui avec une vigueur et une habileté sans égales. Il parcourut non seulement l’Ille-et-Vilaine mais les Côtes-du-Nord et le Finistère, faisant des conférences en français et en breton ; il avait appris cette dernière langue dont il ne savait, comme enfant, que quelques mots. On s’attendait à Rennes à voir Vilaret poser sa candidature aux élections de 1885 et lui même y avait d’abord songé ; mais il se méfiait du scrutin de liste, prévoyant que les réactionnaires y trouveraient leur compte, et quand il vit qu’on songeait à le rétablir, il prit brusquement son parti. Une élection partielle allait avoir lieu dans les Côtes-du-Nord, sur les confins du Finistère ; il se présenta et fut élu ; il avait à peine 25 ans. Réélu en 1885 et en 1889, il venait en 1893 d’obtenir, pour la quatrième fois, les suffrages de ses électeurs. Sa situation à la Chambre, le nombre des amitiés qu’il avait su s’y créer, son éloquence très personnelle et surtout son incroyable puissance de travail semblaient le désigner pour un portefeuille. En Bretagne, son influence s’exerçait en dehors de sa circonscription. Il était devenu propriétaire du journal où il avait fait ses débuts et en avait fondé un autre à Brest qu’il possédait également. Il s’occupait activement de l’un et de l’autre.

La première rencontre de Vilaret et d’Étienne de Crussène datait de 1888. Voyageant dans le même compartiment entre Brest et Paris, ils avaient causé. Le député qui savait le nom de son interlocuteur s’était mis en frais pour lui. Étienne ignorant à qui il avait à faire, s’était laissé aller au charme d’une conversation