Ouvrir le menu principal

Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/455

Cette page n’a pas encore été corrigée
458
LA NOUVELLE REVUE

La cloche du déjeûner sonna comme on lui servait la dernière crêpe. Il eût le sentiment d’avoir un peu attristé tous ces braves gens en se montrant terne et préoccupé, en ne leur apportant pas le joyeux entrain des samedis d’autrefois. Anne-Louise résuma l’impression générale en disant que « Monsieur Étienne » s’était trop fatigué là-bas, qu’il avait passé des nuits dans des chemins de fer et des bateaux, de quoi attraper la mort et qu’il fallait maintenant qu’il reste bien tranquille à manger beaucoup de crêpes et à fumer sa pipe en lisant dans le feu sans trop courir la forêt… » Étienne. approuva en riant et s’en alla heureux tout de même de leur contact sain et de leur affection si vraie.

IV

Les d’Alluin arrivèrent la semaine suivante. Ils avaient retardé leur visite afin d’attendre le retour d’EÉtienne auquel ils amenaient une fiancée éventuelle. Le duc d’Alluin leur père et beau-père, bien vieux maintenant ne quittait plus le Berri ; mais ses infirmités ne lui avaient rien enlevé de sa vivacité d’esprit et il continuait de porter à sa nièce le plus tendre intérêt. Madame de Crussène de son côté restait profondément attachée à cet homme qui avait été mêlé si intimement aux deux circonstances tragiques de sa vie, de qui elle avait tenu le bonheur et reçu ensuite les premières consolations après la catastrophe. Il n’était pas dans sa nature de faire à autrui beaucoup de confidences : aussi ne s’était-elle pas ouverte à son oncle des préoccupations que lui causait l’avenir d’Étienne autrement que pour lui parler mariage. Et le Duc, rajeuni par cette perspective matrimoniale, avait aussitôt songé à la jeune sœur de sa belle-fille, mademoiselle Éliane d’Anxtot. À vrai dire, le marquis de Crussène pouvait prétendre à de bien autres alliances. Mais il s’agissait avant tout de lui trouver une femme à son gré. Jamais Étienne ne consentirait à faire un mariage de raison ou de convenance et si, par impossible, il se fut laissé persuader, c’eut été certes au détriment de son repos et de son bonheur futur. Or on disait grand bien de mademoiselle d’Anxtot. Elle était fort jolie, très instruite, très entendue aux choses de la vie pratique et avait des goûts à la fois simples et raffinés. La marquise qui croyait deviner admirablement les préférences de son fils, pensait que ce serait exactement là ce qui lui conviendrait et cette conviction la