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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/398

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L’URGENTE RÉFORME

tant d’art et d’habileté si elle ne s’était sentie menacée par les idées nouvelles ?

Les sports scolaires ont été la levée de boucliers de la jeunesse opprimée. Mais insuffisamment éclairée sur la portée de l’entreprise l’opinion tout en s’y montrant favorable l’a secondée mollement et les professeurs, les maîtres d’études n’ont pas su, pour la plupart voir dans le succès de cette révolte le gage de leur propre libération. Seuls, quelques proviseurs ont compris que le mouvement, endigué et bien dirigé, aboutirait à les émanciper ; et c’est là en effet qu’on doit tendre. L’autonomie du lycée est la condition expresse et préalable de toute réforme salutaire et durable. En vain la poursuivra-t-on dans le camp adverse. Des collèges ecclésiastiques ne peuvent être autonomes puisque le supérieur n’y est que le délégué d’un pouvoir qui le domine, le représentant d’une doctrine établie et indiscutée. Mais dans l’Université il en va autrement. C’est par une aberration des esprits que l’Université est devenue une congrégation laïque avec ses vœux, ses rites, ses exercices et son esclavage d’âmes. Il est temps de rendre à eux-mêmes les hommes de bonne volonté, éminents, distingués qui l’honorent ; il est temps plutôt de les rendre à leur qualité d’hommes et de les soustraire à l’espionnage vulgaire, à la réglementation puérile dont ils souffrent. À qui fera-t-on croire que le proviseur en sait moins sur son lycée que l’inspecteur ou le recteur qui ne connaissent les professeurs que par leurs dossiers et ne connaissent même pas les élèves par leurs noms ? À qui fera-t-on croire cette ineptie ? Rendez au lycée son autonomie et au proviseur sa responsabilité : voilà l’urgente réforme, celle d’où, en fin de compte, dépend la montée rapide ou l’horizontalité dangereuse de la courbe graphique française.

Pierre de COUBERTIN.