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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/396

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L’URGENTE RÉFORME

nant qu’elle a été proclamée par Jules Simon, précisée et défendue par Henri Marion, elle a acquis droit de cité ; il arrive et il arrivera encore que l’opinion soit égarée sur de fausses pistes, qu’on lui parle de remanier les programmes, qu’on lui vante les résultats certains d’une expérience privée, qu’on lui montre dans l’externat la clef du problème ; mais peu à peu les Français s’apercevront qu’ils sont dans une impasse morale et que si l’obéissance irraisonnée prépare le soldat à exercer plus tard le commandement, elle ne saurait préparer le citoyen à la pratique de la liberté ; le jour où la majorité en sera convaincue n’est peut-être pas aussi éloigné qu’on le pense.

iv

Et cette réforme de notre éducation scolaire qui serait si compliquée à réaliser à coup de décrets, de circulaires et de réglements deviendra très simple dès qu’on s’en remettra aux lois naturelles qui veulent qu’en sociologie comme en agriculture, le grain déposé au bon endroit germe de lui-même. Le champ de jeu, certes, est un bon endroit. Rien de plus normal que de laisser les lycéens organiser et gouverner leurs jeux par l’association comme le font d’instinct leurs petits frères à l’âge du cache-cache et des quatre coins. C’est bien là que, sans inconvénients, la discipline peut en premier lieu se relâcher ; elle n’en sera que plus effective dans tout ce qui concerne l’étude, et la récréation y gagnera puissamment en intérêt : double avantage pour le travail et la moralité.

Une expérience de près de dix années nous a prouvé toutefois que même en ce qui concerne les jeux, la discipline ne pouvait que difficilement se relâcher, tant qu’elle serait cette pesée anonyme et aveugle qu’au lycée les maîtres subissent autant que les élèves. Car si, du haut en bas de notre système pédagogique le despotisme se fait sentir, nulle part on n’en trouve la source première. Chacun s’abrite derrière un supérieur et le premier de la hiérarchie se réclame lui-même de dogmes, de lois dont il parle comme si elles provenaient du Sinaï. On dirait que tous se prennent pour les ministres d’un Jehovah laïque ou sacré, mais également farouche et intraitable dont ils exécutent les commandements ou prévoient les désirs. Il faut de toute nécessité opérer dans cette sinistre hiérarchie une solution de continuité car on n’obtiendra