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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/395

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LA NOUVELLE REVUE

depuis que — voici déjà 50 ans — ils ont reconnu la nécessité de développer au collège le caractère de leurs fils par un entraînement méthodique et s’y sont résolument appliqués. Il est vrai que pour nous égarer nous avons l’œuvre accomplie par les Allemands, œuvre rapide et puissante à laquelle il semble qu’ait présidé un système d’éducation qui tient de Lycurgue et de Bonaparte plus que d’Arnold et de Platon…

Et ces quatre noms rapprochés par le hasard sous ma plume n’indiquent-ils pas combien vieille est dans le monde l’opposition des deux tendances, l’une qui pousse l’individu au premier rang, l’autre qui l’efface devant la collectivité… chacune a ses champions dont l’intransigeance en somme s’explique mal. Pourquoi proclamer la supériorité absolue et perpétuelle de l’une des deux méthodes sur l’autre ? Constatons plutôt que selon la différence des âges et la variété des circonstances, l’individualisme et le collectivisme ont pu tour à tour porter au faîte les peuples qui s’en inspirèrent dans leur pédagogie. Quand une nation cherche et poursuit son unité comme hier encore le faisait l’Allemagne, il est certain que l’éducation militaire avec sa discipline rigide et ses réglements indiscutés lui fournit un des meilleurs instruments pour atteindre son but. Mais quand une nation dont l’unité physiologique et psychologique est cimentée depuis plusieurs siècles, se trouve dans l’obligation d’échapper, sous peine d’engourdissement et de paralysie, à la centralisation qui l’oppresse, comment y parviendrait-elle sans l’éducation individuelle qui seule peut libérer le nombre en libérant chaque unité, émanciper le pays en émancipant chaque citoyen ? Il est difficile de nier que ce cas ne soit celui de la France ; l’évidence s’en impose chaque jour davantage ; c’est sur le remède qu’on hésite. D’aucuns ne remontent pas jusqu’à la source du mal et ne voient pas le cercle vicieux. De même que nos organes s’accoutument à la privation de nourriture, d’air ou de travail qui pourtant les affaiblit, de même l’âme humaine se fait au joug moral qui pèse sur elle quand bien même elle en souffre. On a créé des institutions à l’aide desquelles on forme des hommes qui à leur tour maintiennent intacts ces institutions parce qu’ils les croient faites à leur taille.

Cette croyance pourtant perd de sa force et de son unanimité et en ce qui concerne l’éducation, l’idée de liberté fait certainement quelque progrès ; on la discute et la discuter, c’est déjà la comprendre ; il y a dix ans presque personne ne la comprenait. Mainte-