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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/394

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L’URGENTE RÉFORME

leurs divagations, entre sa persévérance et leurs défaillances ; le contraste a été en augmentant à travers le siècle : il est intense aujourd’hui ; il n’apparaît point aux heures de travail paisible, mais aux heures de trouble il jaillit comme cette marque héréditaire que portait au front le héros de Walter Scott et qui se trahissait à la moindre émotion intérieure. Les historiens à venir qui reconnaîtront dans la réforme éducative accomplie au début du règne de Victoria, le secret de la montée colossale et imprévue de la race anglo-saxonne au xixe siècle, rendront l’éducation française responsable de ce poids mort que nous semblons traîner aux pieds et qui entrave notre marche et retarde nos progrès. Entre la cause et l’effet s’il y a disposition, elle n’est qu’apparente. La France et l’Angleterre sont des démocraties. Songez donc au rôle que joue le collège dans une démocratie ; mais il est tout ! Il est l’usine où se fabriquent pour le lendemain la lumière et la force qui doivent éclairer et actionner le labeur national. Et c’est merveille qu’avec des usines installées comme les nôtres, le labeur ait pu continuer, lent mais ininterrompu, gêné mais progressif quand même. Seulement cette lenteur et cette gêne nous constituent en état d’infériorité internationale sur tous les terrains où il ne suffit pas de comprendre et de savoir, où il faut encore vouloir et agir.

Quelle amélioration l’externat est-il susceptible d’apporter à un tel état de choses ? Notre régime scolaire s’inquiète de l’intelligence et de la mémoire ; il s’applique à les former par l’exercice ; par contre, le caractère est exercé à rebours ; on le brise par l’application d’une discipline qui ne peut être raisonnée car elle est le plus souvent déraisonnable quand elle n’est pas injuste. Soustraire l’adolescent à cette tyrannie qui le déforme et dépose en lui le germe des hésitations, des impatiences, des éclipses d’énergie qui terniront sa carrière virile, ce serait déjà beaucoup et l’externat y parviendrait. Mais je le répète, ce ne serait pas assez. À d’autres époques, on pouvait laisser le caractère du jeune français se former tout seul ; ses dons naturels, de saines traditions, de bons exemples et le retard marqué des races étrangères dispensaient la nation d’un effort spécial. Les temps sont changés. Cet effort, maintenant il faut le faire. Les dons naturels subsistent, mais les traditions saines sont obscurcies, les bons exemples font défaut et notre avance est perdue. Pour remonter notre courage et exciter notre émulation nous avons les résultats obtenus par les Anglais