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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/393

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LA NOUVELLE REVUE

se trouve au foyer familial et votre bonne volonté aidant, peut-être que vous sauriez entourer vos enfants de tendresse et les rendre heureux sans trop les amollir ; dans cet ordre d’idées l’externat serait excellent et l’on se prend à souhaiter qu’il se propage. En songeant pourtant à la France et au monde tels que l’enchaînement des faits les ont constitués, au soir de ce siècle orageux, on doit convenir que le bonheur ne suffit pas et qu’il faut encore la force — la force calme, réfléchie, sûre d’elle-même. Cette force, vous ne pouvez la donner parce que vous ne l’avez pas.

Les événements qui se déroulent depuis plus d’une année auront eu du moins cet avantage, chèrement acheté, de nous ouvrir les yeux ; désormais nous savons à quoi nous en tenir sur nos consciences ; nous savons jusqu’à quel point nous sommes mesurés dans nos paroles, équilibrés dans nos jugements et maîtres de nos actes. Or c’est là pour un homme le triple criterium de la force ; être mesuré dans ses paroles, équilibré dans ses jugements et maître de ses actes, c’est être fort. Nous ne le sommes point. Pourquoi ? On objectera que la crise a été exceptionnellement grave et qu’elle a atteint la nation dans les profondeurs de son être moral. Je n’en crois rien. La France a traversé bien d’autres périls ; aucun pays n’a vu se lever parmi ses propres enfants tant de prophètes de malheur ; elle a toujours trompé l’attente des pessimistes et pour ma part je persiste à ne voir en tout ceci qu’une rougeole qui sort bien. La crise toutefois a mis en relief la principale anomalie, le pire défaut de notre organisme ; la force est en bas et c’est en haut qu’elle manque. L’équilibre dans le jugement, la possession de soi-même et jusqu’à la mesure du langage existent à l’état embryonnaire dans les rangs des humbles et des ignorants et cela suffirait, si j’en avais, à tempérer mes inquiétudes sur l’avenir national. Mais au lieu de développer ces qualités, l’éducation les tue. À mesure qu’on remonte vers l’élite elles semblent dégénérer et fondre. Vienne une secousse, l’élite s’affole et c’est la masse illettrée qui doit lui rendre le sang-froid. Combien de fois, depuis trente ans, son bulletin de vote l’a emporté en sagesse et en patriotisme sur celui des mandarins petits et grands !

Le fait est patent et domine non seulement la période républicaine mais les périodes précédentes. Dès 1820, des contradictions flagrantes se manifestèrent entre les instincts calmes du peuple français et l’agitation de ses dirigeants, entre son bon sens et