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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/392

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L’URGENTE RÉFORME

que signées de noms connus et estimés ne renferment guère que des arguments incolores et d’inoffensifs conseils. Les plus hardies vont jusqu’à la suppression du baccalauréat ! Grande réforme en vérité ! D’autres recommandent l’externat et rendent l’internat responsable de tous les maux actuels ; cette question-là est précisément traitée dans le livre récent d’un écrivain que l’Académie compterait depuis longtemps dans ses rangs si le désir de récompenser le talent n’était souvent annihilé chez elle par l’esprit de coterie. L’écrivain se nomme Jean Aicard et le livre l’Âme d’un enfant. Lisez-le, pères et mères de famille, qui acceptez pour paroles d’évangile les axiomes sur lesquels repose notre pédagogie ; qui croyez et professez naïvement que les élans de vos enfants peuvent être impunément arrêtés, leur délicatesse impunément froissée, leurs légitimes désirs impunément méconnus et que la rudesse des contacts leur est salutaire. Lisez ce livre et à l’exception de quelques passages un peu outrés, acceptez-le pour le tableau exact des dangers auxquels votre indifférence et votre légèreté exposent les âmes enfantines qui vous sont confiées.

Cela fait, descendez en vous-mêmes et demandez-vous si vous auriez, le cas échéant, les qualités nécessaires pour remplir la mission que les maîtres, au lycée ne savent pas et surtout ne peuvent pas remplir. Si vous le croyez, n’hésitez pas, retirez vos enfants et tâchez d’en faire des hommes. Mais je crains, je l’avoue, que vous n’y soyez fort inhabiles. Vous êtes des produits de cette éducation inhumaine qu’aujourd’hui ils reçoivent à leur tour : car dans cette France d’aspect changeant, le collège est immuable, plus encore que la caserne, plus que le monastère. La vie vous a refaits tant bien que mal, au prix sans doute de beaucoup de temps perdu et de forces gaspillées. Mais il vous reste ceci qui est presque indélébile. Vous confondez comme le firent déjà vos parents et vos maîtres, comme le font aujourd’hui les maîtres de vos fils, vous confondez ce qui est doux avec ce qui est faible et ce qui est fort avec ce qui est brutal. Vous êtes rarement forts sans être brutaux et presque jamais doux sans être faibles. C’est pourquoi j’ai peu confiance en vos qualités d’éducateurs.

Il y a deux faces au problème ; évidemment il faut introduire dans notre régime scolaire la vraie douceur, celle qui ne tourne pas en faiblesse, mais se résout au contraire en un affermissement de l’être humain auquel le bonheur est aussi nécessaire que le soleil l’est aux brins d’herbes et aux plantes. La douceur, elle