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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/391

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LA NOUVELLE REVUE

Les difficultés, au reste, ont encore augmenté depuis dix ans. Si un mouvement très marqué ramène une partie notable de la société française vers la religion, ou plutôt vers le sentiment religieux de plus en plus dégagé des liens confessionnels, ces liens se sont momentanément resserrés dans d’autres milieux. Il y a dix ans, les différents cultes pouvaient encore vivre en communauté et à côté de l’enseignement donné par l’aumônier et le pasteur, il y aurait eu place pour une action morale large et puissante. La même chose pourrait-elle exister en ce moment : cela est douteux. Les familles qui accepteraient ce régime forment une clientèle moins nombreuse que par le passé. Dès lors ce ne seraient pas seulement l’Université et les Congrégations qui prendraient parti ; le public serait influencé, lui aussi, par les grandes querelles de croyance qui l’agitent et le divisent. Il le serait également par les autres questions sur lesquelles l’accord n’existe pas entre Français et qu’une convention tacite permet, durant les périodes de calme, de ne point soulever. Mais la période présente n’est pas une période de calme ; il y a vraiment de la violence dans l’air ; les jugements sont tranchants, les rivalités âpres, les opinions enfermées comme en des forteresses du Moyen-Âge. On ne saurait imaginer d’heure moins propice à l’inauguration d’une œuvre pédagogique qui veut d’autant plus d’entente et d’union entre ceux qui y coopèreront que son principe sera plus vivement discuté et attaqué du dehors.

Une dernière objection, c’est qu’il est extrêmement difficile de fonder un collège-modèle sans tomber dans une imitation exagérée et un peu trop servile de ce qui se fait à l’étranger et notamment de ce qui se fait en Angleterre. Tandis que généralisée, la réforme pourrait s’inspirer de l’expérience étrangère sans rien perdre de son caractère national, localisée sur un seul point, il y a bien des chances pour qu’elle soit confisquée par ce snobisme maladif qui s’inquiète des détails et de la forme plus que des principes et importe au-dedans des frontières l’insignifiant au lieu du fondamental.

iii

Je laisse de côté les multiples consultations provoquées par la commission parlementaire chargée d’examiner la situation de notre enseignement secondaire. Jusqu’ici ces consultations, bien