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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/389

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LA NOUVELLE REVUE

demeures ou bien on lui en construit des nouvelles. Grâce à ces avantages, elle peut abaisser les prix de pension bien au-dessous de ce qui lui serait nécessaire pour vivre si elle était laissée à elle-même. Les congrégations religieuses et particulièrement les Jésuites ne participent pas, bien entendu, aux mêmes faveurs. Mais par contre, leur personnel d’enseignement et de surveillance ne coûte guère ; point de traitements, un entretien uniforme et des plus simples, voilà l’unique source de dépenses. Dans ces conditions que peut l’initiative privée ? Il lui faut acquérir non point seulement un terrain à bâtir ou un édifice tout construit, mais encore l’espace nécessaire pour que cet édifice soit entouré de champs de jeux vastes et bien exposés. Il lui faut attirer des professeurs en renom, des hommes de mérite et de haute valeur et cela ne se peut qu’en leur assurant des traitements élevés ; car, où les prendre ces professeurs sinon parmi ceux qui ont conquis tous leurs grades universitaires et dès lors on les oblige à renoncer aux privilèges d’avenir que leur confierait l’Université tant qu’ils restent à son service ; il leur faut bien une compensation. Quant aux élèves, on peut sans trop d’invraisemblance, tabler sur quelques centaines de familles désireuses de faire donner à leur fils une éducation d’élite et en ayant les moyens ; mais ce nombre n’est pas suffisant pour alimenter un collège de quelque importance. Une éducation d’élite en effet, suppose, la possibilité du renvoi non pas seulement pour faute grave mais même par mesure préventive. Les enfants vicieux ne sont pas seuls dangereux ; les maladifs, les névrosés, les dégénérés le sont aussi. L’atmosphère d’une maison qui a déjà un long passé et de saines traditions, peut réagir sur quelques individualités défectueuses ; mais une maison qui se crée, une maison toute neuve ne parviendra pas à se former une telle atmosphère si on ne veille pas à ce que sa population scolaire demeure pure de tout alliage inquiétant. Et puis, quelles que soient les précautions prises, à quelque perfection qu’atteignent dès le début par leur zèle et leur compétence, les créateurs d’un collège indépendant, osent-ils se flatter d’éviter toute erreur, tout incident, de ne donner sur aucun point prise à la critique ?… et la critique ne manquera pas. Parce qu’il y a, dans le camp universitaire bon nombre de libres esprits qui déplorent l’état de choses actuel et applaudiraient à sa transformation et parce que dans l’autre camp se sont levés à de trop rares intervalles un Lacordaire et un Didon, va-t-on s’imaginer que l’Université et les