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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/387

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LA NOUVELLE REVUE

mandera-t-on en plus des règles pratiques d’existence, des sources cachées d’énergie ? À force de considérer l’âme comme une combinaison chimique nous dira-t-on que c’est en apprenant la chimie qu’on exerce la volonté ?

Voilà un phénomène qu’on attendra sans doute aussi longtemps que les juifs entêtés attendront le Messie. Et pendant ce temps-là, les peuples, nos rivaux, continueront de prendre l’avance et les élèves d’Eton imbibés de classique et ignorants de formules exactes, sachant faire des vers grecs, mais embarrassés devant un problème de trigonométrie, achèveront de conquérir le monde : ce qui prouve, à tout le moins, que leur initiative n’a pas souffert du contact des lettres et que leur volonté s’est formée en dehors de leur intelligence et de leur mémoire.

ii

C’est un Eton français que voudrait créer M. Demolins et si le projet est séduisant par l’ardeur généreuse qu’il suppose chez celui qui l’a conçu, il n’implique pas au même degré ce sens pratique indispensable à tous les vrais réformateurs. Lorsque Thomas Arnold devenu Headmaster du célèbre collège de Rugby entreprit la réforme de l’éducation anglaise qui en avait alors si grand besoin, il se garda de faire appel aux headmasters des autres collèges pour s’entendre avec eux sur un programme commun de changements et d’améliorations. C’étaient les Trustees ou administrateurs de Rugby qui l’avaient élu. Aucun lien ne rattachait Rugby à Eton, à Harrow ou à Winchester. Il avait donc l’indépendance et il s’en servit pour transformer Rugby d’après ses idées, y établir son système et s’efforcer de gagner l’opinion par l’excellence des résultats. Le procédé qui convenait alors en Angleterre est exactement l’inverse de celui qui pourrait réussir aujourd’hui en France. Supposons un instant que la situation soit la même, qu’il existe actuellement dans notre pays sept ou huit grands collèges, égaux ou à peu près par leur importance et leur renommée, mais indépendants les uns des autres ; supposons que tout en manifestant quelque sévérité à l’endroit de l’éducation médiocre ou mauvaise donnée dans ces collèges, le public ait été conduit à penser qu’il n’était guère possible d’y remédier et à accepter comme un mal nécessaire ce qu’il renonçait à voir modifier. Tel était bien l’état de choses dans