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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/386

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L’URGENTE RÉFORME

prendre à se gouverner librement dans un milieu libre, c’est-à-dire si vous n’abattez pas les murailles qui les enferment, si vous ne coupez pas les liens qui les ligottent, si vous ne suspendez pas l’application de la discipline qui les énerve. » Au lieu de leur dire cela, on leur expose un plan à la Siéyès, tout imprégné de cette logique et de cet absolu chers aux Français et qui tant de fois, les ont égarés et jetés dans les fondrières. La base de ce plan, c’est une réforme d’enseignement, la substitution d’un procédé de culture technique à un autre procédé de culture technique, d’une espèce de graines intellectuelles à une autre espèce de graines intellectuelles.

Tout le temps que parlait M. Jules Lemaître je voyais en esprit le potache de l’avenir débarquant à Hanoï ou à Tamatave avec son bagage moderne, fier d’avoir vu, dans ces visites industrielles courir beaucoup de courroies de transmission et se former de nombreux « précipités », connaissant les plus récentes théories sur la génération de la pensée dans le cerveau, pouvant se citer à lui-même, en se promenant sur les rivages, quelques bribes de Gœthe ou de Shakespeare en place du « Gurgite vasto » Virgilien ou du « poluflosbhoio thalassès » homérique, ayant tiré enfin de l’électricité toute la philosophie qu’elle est susceptible de dégager… et je me demandais en quoi un tel homme serait supérieur à ses devanciers dans la carrière ouverte devant lui. Une meilleure santé et de meilleurs muscles ? soit. Ce n’est pas moi qui vais dénigrer ces avantages-là. Mais les élèves du Prytanée de la Flèche ont aussi, eux, bonne santé et bons muscles. Dira-t-on qu’ils sont préparés pour cela, aux œuvres d’initiative ? Dans tous les écrits, livres ou articles, par lesquels depuis douze ans, j’ai cherché à recruter des partisans aux exercices physiques scolaires, je ne crois pas avoir laissé passer une seule occasion d’insister sur le caractère que doivent revêtir ces exercices. S’il ne s’était agi que de fortifier les corps, la gymnastique suffisait pleinement. Pourquoi avons nous poursuivi avec acharnement la création dans les lycées d’associations scolaires sinon pour assurer aux élèves le gouvernement de leurs jeux et pour introduire par là un embryon de liberté dans leur existence de prisonniers ? Est-ce que, par hasard, les sciences exactes, par je ne sais pas quel miraculeuse supériorité sur les lettres, contiendraient ce germe ? Dans l’exaltation de leur foi, leurs disciples prétendent déjà qu’elles renferment toute une philosophie et toute une morale. Leur de-