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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/384

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L’URGENTE RÉFORME

croyance enracinée et qui n’a pas moins qu’un Berthelot pour apôtre. Regardons au dehors pourtant et l’inanité de cette croyance saute aux yeux. Oui, il y a bien trois étages dans le savoir et à cet égard notre classification en trois ordres d’enseignement — primaire, secondaire, supérieur — est ingénieuse et symbolique. Il y a un premier palier au dessous duquel l’homme, à moins de circonstances imprévues et de dons de nature tout à fait exceptionnels, ne pourra rien ou presque rien pour l’avancement de l’humanité ; et puis il y a un second palier que l’élite seule atteint et seulement peut-être aux approches du soir, celui d’où l’on entrevoit, à travers les brumes des sommets, la raison supérieure des choses. Mais entre les deux, quel espace indéfini ! Dans cet espace l’énergie de l’action et la force morale ne sont point en rapport avec la quantité et la qualité des connaissances. Le nier, c’est nier à la fois l’histoire et l’évidence présente ; car il n’y a pas un des grands peuples de l’univers chez lesquels on n’ait jugé nécessaire de former le caractère en même temps qu’on développe l’esprit. On y est parvenu plus ou moins complétement mais du moins on l’a tenté. Chez nous seulement, la confusion s’est établie entre ces deux moitiés de l’œuvre pédagogique.

Et vraiment je ne crois pas que la race en soit responsable. J’en accuserais plutôt les traditions. Les jésuites sous l’ancien régime avaient déjà donné à l’éducateur le mot d’ordre que Napoléon, en qui se cachait un Loyola géant, adopta et répandit : obéir. Ce fut la devise de l’Empire français et c’est une devise si simple en même temps que si bornée que, depuis lors, elle a survécu. Elle réduit l’éducation à bien peu de chose ; en vain Monseigneur Dupanloup l’a-t-il commentée en cinq volumes ; le plus minime opuscule eût suffi. Obéir : tout le monde comprend cela, l’enfant le premier…, — … et de cette obéissance qui ne va point sans sa doublure normale, la révolte — de cette obéissance, la France finirait par périr.

Si tout l’être moral doit se former par la seule obéissance, il n’y a plus lieu de s’en occuper. L’obéissance n’est pas multiforme ; il n’existe pas plusieurs manières de la pratiquer et de l’enseigner ; qu’on y apporte plus ou moins de tempéraments cela n’est qu’une question de douceur personnelle, non de méthode. La discussion dès lors devait prendre fin faute d’aliments. Il n’y avait rien à discuter : on s’est tû et l’intérêt s’est porté vers l’enseignement. Ici la liberté d’apprécier demeurait entière et la discussion était d’au-