Ouvrir le menu principal

Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/238

Cette page n’a pas encore été corrigée
241
LE ROMAN D’UN RALLIÉ

minées et de fenêtres à fines dentelures ; sur les murailles sobres d’ornements, un simple semis alterné d’hermines et de fleurs de lis sculptées dans le granit gris et au centre de la façade, les armes de Crussène, un liers portant un glaive avec leur devise : Cruce, gladio et amore, par la croix, l’épée et l’amour !

La marquise avait aperçu la voiture par une des fenètres de son boudoir, comme elle se préparait à aller au devant de son fils qu’elle n’attendait pas si tôt. Elle descendit bien vite et arriva sur le perron en même temps qu’Étienne y posait le pied. Deux larmes joyeuses brillaient dans ses yeux et elle lui tendit les bras avec une tendresse inexprimable. Puis tous deux sans se parler encore, entrèrent dans le Hall. C’était une pièce très haute, lambrissée : Un escalier monumental en bois sculpté en occupait le fond ; une verrière énorme l’éclairait ; des armures étaient dressées contre les lambris ; un tapis rouge couvrait les marches de l’escalier et du plafond à solives descendait un lustre de cuivre. La marquise, la main sur l’épaule d’Étienne, ouvrit une porte et entra dans un salon tendu de tapisseries à personnages. Cette pièce donnait sur la terrasse : un palmier géant se trouvait dans un angle près d’un piano à queue recouvert d’une étoffe précieuse à broderies multicolores. Le feu flambait dans la cheminée de chêne ; des fleurs, des livres, des journaux, un ouvrage à l’aiguille posé sur un fauteuil, tout indiquait qu’ici Madame de Crussène avait établi le centre de son existence quotidienne. Le salon communiquait avec un autre beaucoup plus vaste qu’ornait une série de portraits de famille mais dans lequel on ne se tenait pas habituellement ; au delà il y en avait encore un troisième qui n’avait jamais été meublé ; puis la salle à manger et le billard reliés au Hall par une galerie.

La marquise maintenant regardait son fils et le trouvait un peu changé sans trop savoir en quoi. Étienne aussi songeait que sa mère n’avait pas tout à fait son expression accoutumée, mais cette impression fut courte : la joie du revoir leur suffisait. Rien ne troubla la sérénité de cette journée. Étienne courut partout, visita la maison de la cave au grenier, parla à chacun depuis les aides-jardiniers jusqu’à la fille de cuisine, caressa Rob Roy et informa Perros, qu’il irait le samedi suivant manger chez lui des crêpes de blé noir en manière d’apéritif avant le déjeuner. Tard, comme le soleil se couchait, il alla au village, entra un moment chez le Recteur qui fumait une pipe, assis sur une marche de son escalier, serra la main du maire, puis celle du maître d’école, recueillit les