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Page:La Nouvelle Revue - 1899 - tome 117.djvu/190

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DEUX COURTS RÉCITS




LE FOLLET DANS LA GLACE

(Fable pour Marie).




I

Il y avait une fois à Milan, à deux pas de la galerie de Cristoforis, une vieille dame, richissime et fort laide, la comtesse X. qui adorait recevoir du monde ; et comme elle avait un excellent cuisinier, jamais le monde ne lui manquait. Son salon contenait un soir onze visites : une jeune veuve, une dame anglaise, un conseiller à la Cour, un gros général, un lieutenant de génie fluet, un maître de musique à crinière et un poète pelé célèbres tous deux, plus quatre jeunes dandys très affairés à ne rien faire.

La conversation ayant roulé sur le parallèle éternel entre la vanité masculine et la vanité féminine, la majorité fut d’avis que le sexe fort était le plus vaniteux ; mais quand pour en donner un exemple, la maîtresse de la maison déclara que pas un homme si vieux et sérieux fut-il, n’était capable de passer devant un miroir sans contempler au moins à la dérobée sa séduisante image, nos hommes célèbres, le conseiller, le gros général protestèrent que c’était faux et que la vanité masculine se manifestait de toute autre façon. Deux légers éclats de rire aussitôt trillèrent dans l’air. Chacun crut que la veuve avait ri, et la veuve, de son côté, crut que c’était l’anglaise. Mais point : celui qui avait ri n’était autre qu’un de ces lutins familiers qui tournent autour de nous pour nous suggérer des mensonges et des péchés d’amour-propre. L’entretien expira là, car minuit venait de sonner. Les deux dames se