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Page:La Nouvelle Revue - 1897 - tome 105.djvu/245

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UN MENSONGE HISTORIQUE.

reconnaître son indépendance ». Admirez ce de suite ; il est génial. C’est du Molière ! Enfin, le 3 février 1830, l’indépendance grecque est reconnue. Surgit la question des frontières. On se dispute sur l’île d’Eubée. L’Angleterre insiste pour qu’elle demeure turque. « Si la Turquie, écrit lord Aberdeen, est encore capable de quelque effort, la possession de l’île d’Eubée, ajoutée à celle de la Crète, lui assurerait les moyens de tenir la Grèce sous son contrôle. » La France insiste en faveur des frontières naturelles réclamées par Capo d’Istria et qui engloberaient la Thessalie et une partie de la Macédoine. Impossible de vaincre la résistance des autres puissances. Autre dispute lorsqu’il s’agit de trouver un roi. La Russie réclame le trône pour le prince Philippe de Hesse, la France pour le prince Charles de Bavière, l’Angleterre pour le prince Frédéric d’Orange. C’est le début de ces ingérences européennes dont la Grèce aura tant à souffrir.

Depuis lors, l’Europe n’a pu oublier que la question grecque attendait toujours une solution, car les soulèvements n’ont guère cessé ; c’est d’abord en Épire et en Crète, le soulèvement de 1840 encouragé par le consul anglais, désavoué par les ambassadeurs et noyé dans le sang. C’est la révolte de 1854 fomentée en Épire et en Thessalie par des émissaires russes et maîtrisée par la France qui, du droit du plus fort, occupe militairement le Pirée pendant la guerre de Crimée. C’est le mouvement de 1859-1860 en vue duquel des négociations, entamées avec Garibaldi pour l’amener en Thessalie, reçoivent l’appui du gouvernement italien qui, en fin de compte, n’y donne pas suite. C’est la révolution de 1866-1868 qui rend la Crète aux Crétois et dont le triomphe paraît si bien assuré, que la France et la Russie pensent à le consacrer légalement ; mais l’opposition de l’Autriche et de l’Angleterre empêche la réalisation du projet… Et pour couronner le tout, la Grèce est récompensée de la sagesse dont elle a fait preuve pendant la guerre turco-russe de 1877 par une parole collective donnée et reprise. Le treizième protocole du Congrès de Berlin lui assurait, à défaut de la Crète, la Thessalie et la moitié de l’Épire ; ce protocole, confirmé par la conférence de Berlin, n’a jamais été appliqué. La Turquie opposa son habituelle force d’inertie : les puissances se gardèrent de l’y contraindre ; elles pesèrent sur la Grèce et firent « appel à sa raison », l’engageant à consentir à une insignifiante rectification de frontières en place des territoires que le Congrès lui avait attribués.