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LA VÉRITÉ SUR LA CORÉE

Une Interview de l’Amiral Saïto Gouverneur général de Corée

Vers la fin de mon séjour en Corée, j’allais chez le baron Saïto, le nouveau Gouverneur général et lui demandai de bien vouloir me recevoir en vue d’une interview. Je l’informai que je venais directement à lui, parce que je voulais savoir, de la plus haute source, d’une façon bien exacte et bien définie, quel était le programme de la nouvelle administration et dans quelle mesure était modifié le Statut de la Corée dans l’Empire du Japon. Pour éviter tout malentendu, je remettais mes questions par écrit deux jours avant le rendez-vous fixé par l’amiral, et, après cette interview, j’envoyais également mes notes sur les réponses du baron Saïto pour les soumettre à son approbation, afin qu’il puisse les réfuter et les corriger au besoin. Ces déclarations ont donc été indiscutablement approuvées et font autorité ; elles ont en plus cette grande valeur de n’avoir pas été faites par la surprise du moment, mais bien après de mûres réflexions.

Je fus reçu par le baron Saïto à l’heure du thé dans la salle de réception de sa résidence, en présence de Mr. Jouzo Imamoura, son secrétaire pour la langue anglaise. Le baron Saïto a séjourné assez longtemps à l’étranger et parle bien anglais ; mais lorsqu’il veut peser ses mots très attentivement, il préfère causer en japonais et se servir de l’aide d’un interprète. Le baron Saito est officier de marine ; il fut ministre de la Marine ; c’est un homme d’une haute situation officielle au Japon, et il est reconnu relativement comme un libéral. L’impression qu’il fit à Séoul durant ces trois mois de séjour est assez favorable. Toutes les personnes qui l’ont approché le croient sincère dans ses désirs d’établir de meilleures conditions ; il le fera si on lui en laisse toute la liberté en haut lieu, et s’il rencontre une réelle coopération de ses subalternes. De combien laisse-t-il apercevoir son libéralisme ? L’impression qu’il me fit, durant l’heure et demie que je causais avec lui, est que sa puissance est bien limitée, et qu’il est surtout anxieux de le cacher de son mieux. Certes, je ne puis dire qu’il fut très catégorique, ni qu’il se compromit en quoi que ce soit de fondamental. Mais, je laisse les paroles du Gouverneur causer pour lui.

Je lui posais une première question sur l’assimilation, car au point de vue de la continuité ou de l’abandon de cette politique, rien ne semble avoir encore été fait. Je demandais au Gouverneur si cette politique avait été modifiée ; si la nouvelle administration permettrait au peuple Coréen de développer sa propre culture, telles que la langue, la tradition et la religion, tout en restant, naturellement, partie intégrante de l’Empire japonais ?

« Le terme « assimilation » prête à confusion, me répondit-il, notre politique en Corée est souvent incomprise des étrangers. Quoique nous voulions voir les Coréens être de loyaux sujets du Japon, nous ne désirons pas détruire leur identité raciale. Non seulement nous sommes