Page:La Bruyère - Œuvres complètes, édition 1872, tome 2.djvu/85

Cette page n’a pas encore été corrigée


ou qu’avec des mesures justes l’on doive si aisément parvenir à la fin que l’on se propose. L’on croit mériter les bons succès, mais n’y devoir compter que fort rarement.

22 (IV)

L’homme qui dit qu’il n’est pas né heureux pourrait du moins le devenir par le bonheur de ses amis ou de ses proches. L’envie lui ôte cette dernière ressource.

23 (VI)

Quoi que j’aie pu dire ailleurs, peut-être que les affligés ont tort. Les hommes semblent être nés pour l’infortune, la douleur et la pauvreté ; peu en échappent ; et comme toute disgrâce peut leur arriver, ils devraient être préparés à toute disgrâce.

24 (I)

Les hommes ont tant de peine à s’approcher sur les affaires, sont si épineux sur les moindres intérêts, si hérissés de difficultés, veulent si fort tromper et si peu être trompés, mettent si haut ce qui leur appartient, et si bas ce qui appartient aux autres, que j’avoue que je ne sais par où et comment se peuvent conclure les mariages, les contrats, les acquisitions, la paix, la trêve, les traités, les alliances.

25

(V) A quelques-uns l’arrogance tient lieu de grandeur, l’inhumanité de fermeté, et la fourberie d’esprit. (I) Les fourbes croient aisément que les autres le sont ; ils ne peuvent guère être trompés, et ils ne trompent pas longtemps. (V)