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des honnêtes gens et pour la vengeance publique, qu’un coquin ne le fût pas au point d’être privé de tout sentiment.

I5 (I)

Il y a des vices que nous ne devons à personne, que nous apportons en naissant, et que nous fortifions par l’habitude ; il y en a d’autres que l’on contracte, et qui nous sont étrangers. L’on est né quelquefois avec des mœurs faciles, de la complaisance, et tout le désir de plaire ; mais par les traitements que l’on reçoit de ceux avec qui l’on vit ou de qui l’on dépend, l’on est bientôt jeté hors de ses mesures, et même de son naturel : l’on a des chagrins et une bile que l’on ne se connaissait point, l’on se voit une autre complexion, l’on est enfin étonné de se trouver dur et épineux.

I6 (II)

L’on demande pourquoi tous les hommes ensemble ne composent pas comme une seule nation, et n’ont point voulu parler une même langue, vivre sous les mêmes lois, convenir entre eux des mêmes usages et d’un même culte ; et moi, pensant à la contrariété des esprits, des goûts et des sentiments, je suis étonné de voir jusques à sept ou huit personnes se rassembler sous un même toit, dans une même enceinte, et composer une seule famille.

I7 (I)

Il y a d’étranges pères, et dont tout la vie ne semble occupée qu’à préparer à leurs enfants des raisons de se consoler de leur mort.

I8 (I)

Tout est étranger dans l’humeur, les mœurs et