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par leur génie et leur sagesse ; suivre les traces augustes de leur victorieux père ; imiter sa bonté sa docilité, son équité, sa vigilance, son intrépidité ? Que me servirait en un mot, comme à tout le peuple, que le prince fût heureux et comblé de gloire par lui-même et par les siens, que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j’y vivais dans l’oppression ou dans l’indigence ; si, à couvert des courses de l’ennemi, je me trouvais exposé dans les places ou dans les rues d’une ville au fer d’un assassin, et que je craignisse moins dans l’horreur de la nuit d’être pillé ou massacré dans d’épaisses forêts que dans ses carrefours ; si la sûreté, l’ordre et la propreté ne rendaient pas le séjour des villes si délicieux, et n’y avaient pas amené, avec l’abondance, la douceur de la société ; si, faible et seul de mon parti, j’avais à souffrir dans ma métairie du voisinage d’un grand, et si l’on avait moins pourvu à me faire justice de ses entreprises ; si je n’avais pas sous ma main autant de maîtres, et d’excellents maîtres, pour élever mes enfants dans les sciences ou dans les arts qui feront un jour leur établissement ; si, par la facilité du commerce, il m’était moins ordinaire de m’habiller de bonnes étoffes,