Page:La Bruyère - Œuvres complètes, édition 1872, tome 2.djvu/358

Cette page n’a pas encore été corrigée


toute sa personne, à cette famille, qui l’avait rendue comme votre alliée, puisqu’on peut dire qu’il l’avait adoptée, et qu’il l’avait mise avec l’Académie française sous sa protection.

Je parle du chancelier Seguier. On s’en souvient comme de l’un des plus grands magistrats que la France ait nourris depuis ses commencements. Il a laissé à douter en quoi il excellait davantage, ou dans les belles-lettres, ou dans les affaires ; il est vrai du moins, et on en convient, qu’il surpassait en l’un et en l’autre tous ceux de son temps. Homme grave et familier, profond dans les délibérations, quoique doux et facile dans le commence, il a eu naturellement ce que tant d’autres veulent avoir et ne se donnent pas, ce qu’on n’a point par l’étude et par l’affectation, par les mots graves ou sentencieux, ce qui est plus rare que la science, et peut-être que la probité, je veux dire de la dignité. Il ne la devait point à l’éminence de son poste ; au contraire, il l’a anobli : il a été grand et accrédité sans ministère, et on ne voit pas que ceux qui ont su tout réunir en leurs personnes l’aient effacé.

Vous le perdîtes il y a quelques années, ce grand protecteur. Vous jetâtes la vue autour de vous, vous promenâtes vos yeux sur tous ceux qui s’offraient