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satire injurieuse, des explications et des excuses qu’il ne me devait point. Si donc on voulait inférer de cette conduite des Théobaldes, qu’ils ont cru faussement avoir besoin de comparaisons et d’une harangue folle et décriée pour relever celle de mon collègue, ils doivent répondre, pour se laver de ce soupçon qui les déshonore, qu’ils ne sont ni courtisans, ni dévoués à la faveur, ni intéressés, ni adulateurs ; qu’au contraire ils sont sincères, et qu’ils ont dit naïvement ce qu’ils pensaient du plan, du style et des expressions de mon remerciement à l’Académie française. Mais on ne manquera pas d’insister et de leur dire que le jugement de la cour et de la ville, des grands et du peuple, lui a été favorable. Qu’importe ? Ils répliqueront avec confiance que le public a son goût, et qu’ils ont le leur : réponse qui ferme la bouche et qui termine tout différend. Il est vrai qu’elle m’éloigne de plus en plus de vouloir leur plaire par aucun de mes écrits ; car si j’ai un peu de santé avec quelques années de vie, je n’aurai plus d’autre ambition que celle de rendre, par des soins assidus et par de bons conseils, mes ouvrages tels qu’ils puissent toujours partager les Théobaldes et le public.

Discours prononcé dans l’Académie française le lundi quinzième juin 1693